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Rien où poser sa tête

Françoise Frenkel, Patrick Modiano, Frédéric Maria

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Disponible aux éditions Gallimard

Ce qu'en dit l'éditeur

En 1921, Françoise Frenkel, une jeune femme passionnée par la langue et la culture françaises, fonde la première librairie française de Berlin, «La Maison du Livre». Rien où poser sa tête raconte son itinéraire : contrainte en 1939 de fuir l'Allemagne, où il est devenu impossible de diffuser livres et journaux français, elle gagne la France, où elle espère trouver refuge. C'est en réalité une vie de fugitive qui l'attend, jusqu'à ce qu'elle réussisse à passer clandestinement la frontière suisse en 1943. Le récit, écrit en français, qu'elle en tire aussitôt dresse un portrait saisissant de la France du début des années quarante. De Paris à Nice, en passant par Avignon, Vichy, Grenoble, Annecy, Françoise Frenkel est témoin de la violence des rafles et vit sans cesse menacée en raison de ses origines juives. Tantôt dénoncée, tantôt secourue, incarcérée puis libérée, elle découvre des Français divisés par la guerre dont elle narre le quotidien avec objectivité. Rien où poser sa tête, soixante-dix ans après sa publication en 1945 à Genève, conserve, miraculeusement intacts, la voix, le regard, l'émotion d'une femme qui réussit à échapper à un destin tragique.

Critique postée par :

lireaulit

Je viens de faire une rencontre inoubliable dont j’ai encore du mal à parler parce que le livre s’est refermé et je sais que je n’entendrai plus sa voix… Elle s’appelle Françoise Frenkel. Son livre, publié en Suisse en 1945, a été retrouvé par hasard dans un entrepôt Emmaüs de Nice. Quelques lecteurs ont compris qu’ils avaient en main un témoignage essentiel, la voix d’une femme qui a réussi à échapper à un destin tragique pendant l’Occupation. Il est enfin réédité chez Gallimard dans la collection « L’Arbalète ». Née à Piotrkow en Pologne en 1889, elle part à Paris pour suivre des études de lettres à la Sorbonne. Elle aime marcher le long des quais et dénicher, chez les bouquinistes, un livre ancien. En 1919, elle fait un stage chez un libraire, rue Gay-Lussac, où elle apprend à connaître « les clients du livre ». Sa vocation est née : elle sera libraire. Il reste à trouver le lieu. En Pologne ? Les librairies françaises y sont nombreuses… Lors d’un séjour à Berlin, alors qu’elle flâne dans les rues, elle prend conscience qu’il n’y a pas de livres français dans cette grande capitale universitaire. Encouragée par des proches, elle se lance dans l’aventure et en 1921, elle fonde la première librairie française de Berlin : « La Maison du livre ». Professeurs, étudiants, ambassadeurs, poètes, auteurs et amoureux des livres en tous genres affluent dans ce lieu unique, recherchant, je l’imagine, quelque ouvrage convoité mais certainement aussi la présence de Françoise. La librairie devient vite un lieu d’échanges intellectuels : on y rencontre Colette, Gide, Maurois, on y suit des conférences, on y écoute de la musique et l’on y voit des pièces de théâtre. Elle devient lieu de vie, comme l’avait rêvé Françoise. Lieu de liberté. Mais à partir de 1935, tout se complique : des volumes sont emportés par la police, il faut cacher les journaux. Les convocations et les contrôles se multiplient. Françoise est juive. Sa librairie manque d’être brûlée. Il faut partir et tout abandonner. Je ne peux évoquer qu’avec une immense émotion les pages où Françoise décrit avec une très grande retenue son départ de la librairie, son adieu à ses livres qu’elle ne reverra jamais. Elle a veillé toute la nuit et au matin, elle entend « une mélodie infiniment délicate » : « C’était la voix des poètes, leur consolation fraternelle à sa grande détresse. Ils avaient entendu l’appel de leur amie et faisaient leurs adieux à la pauvre libraire dépossédée de son royaume. » Elle n’a pas le choix : on est en 1939. Puis, c’est la fuite : Paris, Avignon, Vichy, Nice. Plus les mois passent, plus les tensions sont vives. L’étau se resserre, les rafles se multiplient. Magnifique passage où la narratrice est face à la mer. Impossible d’aller plus loin… On doit ruser pour tout : se loger, se nourrir, essayer de fuir… Les soucis quotidiens se multiplient : il faut faire la queue à la préfecture pendant des heures pour un visa, un permis de séjour, un sauf-conduit. Françoise veut rejoindre la Suisse où des amis l’attendent. Si elle se fait arrêter, elle le sait, c’est la déportation et la mort. Or, malgré ce cauchemar quotidien, la souffrance et la peur, Françoise évoque ces gens généreux qui l’ont accueillie au péril de leur vie, qui ont su trouver les mots pour la soulager, une pièce pour la loger, un lieu sûr où la cacher. Je pense à cette jeune fille qui, honteuse du comportement de sa mère, tient à serrer Françoise dans ses bras avant qu’elle ne reparte, à Monsieur Marius et sa femme, coiffeurs, qui ont toujours été là pour elle, au soldat italien qui l’attrape à la frontière et la reconduit au car sans la dénoncer : « L’on pourrait écrire un volume sur le courage, la générosité et l’intrépidité de ces familles qui, au péril de leur vie, apportaient leur aide aux fugitifs dans tous les départements et même en France occupée. » Car, ce qui émane de ce livre, c’est cette voix qui dit son amour pour la France, pour ceux qui ont eu le courage et la générosité d’accomplir ce que leur conscience leur dictait et ils ont été nombreux. C’est un texte sobre, d’une justesse de ton et d’une retenue admirables. Pas de cri, pas de haine. De la gratitude et de l’amour pour ceux qui lui ont donné de quoi poser sa tête. Et pour les autres, à peine une remarque ironique. Le livre d’une femme qui aime la vie et qui croit en l’homme. Sa voix manquait à l’Histoire. On ne l’oubliera pas.

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