{{type}}
{{genre}}
{{register}}
Retourner à l'accueil

Raison souveraine

Karin Hann

Ajouter sur Collibris
Disponible aux éditions Éditions du Rocher

Ce qu'en dit l'éditeur

  1. Anne d'Autriche, infante d'Espagne, quitte son pays natal pour lier son destin à celui de Louis XIII. Ses espoirs seront vite anéantis : tenue à l'écart des affaires de l'État par son époux et sa belle-mère, tous deux jaloux de leurs prérogatives, elle découvre par ailleurs le peu d'attirance du roi pour le beau sexe. Sa vie devient un enfer.Une entrevue galante, à la nuit tombée, avec le séduisant duc de Buckingham fait scandale dans les cours européennes et déchaîne la fureur d'un souverain humilié. Le cardinal de Richelieu, qui gouverne la France d'une poigne de fer, espionne désormais la reine sans relâche, alors que la duchesse de Chevreuse multiplie les intrigues autour d'elle, provoquant de graves crises qui ébranlent le trône. Parvenir à embrasser les intérêts de la France et se sentir enfin reine, tel sera l'enjeu douloureux d'Anne d'Autriche jusqu'à la naissance de son fils, le futur Roi-Soleil.Du jardin d'Amiens à la conjuration de Chalais, du siège de La Rochelle à la journée des Dupes, Karin Hann met en scène les années tourmentées du règne de Louis XIII, où les ambitions s'affrontent tandis que la famille royale se déchire. Dans ce chaos à la fois intime et politique dominé par les passions, la raison saura-t-elle être souveraine ?Karin Hann, doctorante en lettres, est membre du Grand Prix du roman historique et l'auteur des romans historiques Althéa ou la Colère d'un roi (Robert Laffont, 2010), Les Lys pourpres (2012) et Les Venins de la Cour (2013) aux Éditions du Rocher. Elle est aussi membre du jury du prix Marcel Pagnol et auteur de Marcel Pagnol, Un autre regard (2014) aux Éditions du Rocher.

Critique postée par :

Marie-Paule Cayuela

On sait d'elle qu'elle fut la mère très aimée de Louis XIV et qu'elle fut régente aux côtés du cardinal Mazarin. Elle résista à la Fronde. Mais qu'avait dans le coeur cette princesse exilée condamnée à ne jamais revoir les siens, espionnée par le cardinal de Richelieu, objet de la suspicion de son époux Louis XIII ? Qu'en est-il réellement du flirt qu'on lui prête avec le duc de Buckingham dont s'est saisi Alexandre Dumas pour en faire un roman d'aventures ?

Dans la longue liste de nos Rois de France, il est souvent malaisé de tous les connaître parfaitement tant certains ont éclipsé leurs aînés ou leur progéniture. Faits d'armes, charisme, histoires d'alcôve ou volonté d'hégémonie ont créé un fossé indissoluble dans nos esprits. Ainsi, en va-t-il de Louis XIV qui n'aurait pas existé sans un père et une mère. Passe encore pour Anne d'Autriche, sa mère parce qu'elle fut régente et gouverna aux côtés du cardinal Mazarin qui ne laissa jamais personne indifférent. Haines et soumission étaient son lot quotidien . Mais Louis XIII reste une énigme pour beaucoup d'entre nous.

Afin de renflouer les caisses de l'état, le Roi de France Henri IV, qui était aussi accessoirement son père, avait contracté un second mariage avec Marie de Médicis, fille de riches marchands florentins. Le désamour de sa mère qui lui préférait son cadet Gaston d'Orléans, le traumatisme d'un enfant profondément choqué par l'assassinat de son père par Ravaillac alors qu'il n'avait que huit ans et les humiliations publiques que lui infligeait le favori de sa mère, Concino Concini l'avaient fait souffrir. Les femmes l'avaient fait souffrir. Il se réfugia dans le monde des hommes.

A l'heure où débute le récit, le jeune Roi Louis XIII se prépare à recevoir Anne d'Autriche qui vient de quitter Fontarabie, à la frontière espagnole pour l'épouser. L'infante d'Espagne épouse le 21 Novembre 1615 à Bordeaux le jeune Roi de France. Jamais alliance ne fut plus dépourvue d'amour. Ils n'étaient que deux adolescents ignorant tout des choses de l'amour mais conscients de leur rôle à jouer dans la politique conjointe de leurs deux pays. Un mariage pour apaiser des tensions qui virent souvent à la guerre.

Grâce à Karin Hahn, nous avançons pas à pas dans le long et douloureux apprentissage de la vie d'une princesse exilée, fière, indomptable mais consciente qu'elle doit donner un héritier à la couronne. Elle se soumet à la volonté de son époux. Sa belle-mère ne l'aime pas, jalouse de passer au deuxième plan à la cour, Louis ne l'a probablement jamais aimée et fait son devoir sans joie, sans tendresse, comme s'il partait en guerre tous les soirs. Le butin est bien maigre.

Les années passent et Anne ne voit toujours rien venir. Ou plutôt si, plusieurs fausses couches dont une due à la maladresse de la Reine. Louis enrage, ce qui l'éloigne encore plus de son épouse. Le cardinal Richelieu la fait espionner, on ne la laisse jamais seule et elle doit supporter les transports d'affection de son époux pour le puissant duc de Luynes. Sa vie est triste, bien triste.

Pourtant et l'on pourrait dire malheureusement, Anne se découvre de forts liens d'amitié avec la vénéneuse Marie de Rohan, duchesse de Chevreuse. Toujours à la recherche de complots qui lui rendrait la vie plus explosive, Marie persuade son amie Anne de se rapprocher du très beau duc de Buckingham, favori du Roi d'Angleterre. Elle a une très bonne raison pour cela, dévoilée par Karin Hahn avec finesse et que nous tairons ici, afin de préserver le mystère.

Le sémillant duc est venu chercher la sœur de Louis XIII, Henriette qui doit épouser Charles 1er, Roi d'Angleterre. La séduction opère mais jusqu'à quel point ira-t-elle et qu'en pensera le pauvre Louis XIII, à la personnalité déjà taciturne, jalouse, méfiante, s'exposant à une humiliation conjugale dans toutes les autres cours d'Europe ?
Bâti comme un roman d'aventures, Raison Souveraine dresse le portrait d'une femme et d'une épouse avant que d'être une Reine.

Livrée à la cruauté d'une Cour où chacun s'épie, se hait, compromet, trahit, Anne finira par s'endurcir, à la fois douce et fière, désabusée puis intraitable quand elle deviendra mère. L'amour fou qu'elle éprouve pour son premier fils, le futur Louis XIV dont la naissance la sauve d'une réclusion dans un couvent et la préserve d'une terrible honte la poussera au-delà de ses limites.

C'est dire si on ne s'ennuie jamais dans Raison Souveraine ; on vibre, on craint pour Anne, on aime avec elle, on subit le sort des princesses déracinées, on pleure en sa compagnie. Car Karin Hahn a en elle cette passion de l'histoire qu'elle sait si bien restituer, use avec délices de ce style fluide peut-être issu de ses longues études littéraires. Elle entraîne son lecteur dans la tourmente de l'Histoire et nous permet de suivre l'histoire de cette reine dont Louis XIV, son fils, disait à sa mort qu'elle avait été un grand Roi.

Après avoir refermé ce livre, après avoir parcouru ce passionnant récit, je me suis posée la question : Et si l'Histoire tirait davantage sa richesse et son enseignement de bribes de vies partagées, d'émotions vécues intensément par des hommes et des femmes faits de chair et de sang , titres de noblesse mis à part que de l'évocation d'épopées sauvages, de dates à retenir ou encore de cartes géographiques à mémoriser ?