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Lettre à celle qui lit mes romances érotiques, et qui devrait arrêter tout de suite

Camille Emmanuelle

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Disponible aux éditions les Échappés

Ce qu'en dit l'éditeur

" L'homme est blanc, dominant, riche, musclé, performant sexuellement et pénétrant. La femme est blanche aussi, pauvre, pénétrée, elle attend qu'un homme la comble sexuellement (et si possible la comble aussi de cadeaux). "
Les romances érotiques se suivent et se ressemblent : la femme et l'homme répondent à des stéréotypes étriqués, leurs interactions sont autant simplistes que convenues et le désir féminin doit se cantonner à quelques clichés hyper réducteurs.
Quant aux maisons d'édition friandes de ce genre littéraire, qui séduit de plus en plus de lectrices, elles empruntent à la production industrielle ses méthodes et ses cadences. Saviez-vous que chaque personnage doit avoir une blessure secrète ? Qu'il y a des tapis en poils de bête sur lesquels il ne fait pas bon faire l'amour ? Que six jours peuvent suffire à écrire une romance ? Ou encore que chaque personnage a une " fiche " consignée sur un tableau Excel ?... "

" Camille Emmanuelle, qui a écrit sous pseudo une douzaine de romances érotiques, nous ouvre les portes de ce genre littéraire qui, à force de favoriser une sexualité normalisée, devient un obstacle à une réelle libération sexuelle de la femme. Avec la verve qui la caractérise, elle dénonce l'éternelle comédie qu'on veut, encore, faire jouer à l'homme et à la femme. "

Critique postée par :

Anthony Descaillot

J’avoue, dans mes voyages livresques, je fréquente très peu les romances, surtout si elles sont mièvres. Je reconnais aussi qu’en tant qu’amoureux de littérature, je ne voyais pas le succès « 50 nuances de Grey »d’un très bon œil. Je confesse encore que j’ai quand même essayé jusqu’à la page 100… mais ça m’a plutôt conforté dans mon choix. Et je dois reconnaître enfin que j’ai accueilli avec plaisir l’arrivée de cet essai adapté à ce thème. Je me suis secrètement réjoui de pouvoir ajouter quelques arguments utiles pour mes discussions avec les lectrices de ce genre, en toute amitié bien sûr !

A la fermeture de ce petit livre, mon appétit de mauvaise foi a été rassasié. Camille Emmanuelle nous déroule un condensé des clichés que l’auteur doit respecter dans chaque romance afin d’accrocher la lectrice. S’adressant à celle-ci comme elle le ferait à une amie, elle énumère tous les éléments, dans le fond comme dans la forme, qui sont requis dans ce genre de livres. On apprend donc que ces romances sont calibrées et contrôlées de A à Z pour plaire au jeune lectorat.

Mais plus que la critique d’une méthode programmée pour plaire, j’ai surtout découvert un métier. Camille Emmanuelle m’a ouvert les yeux sur sa profession d’écrivain à la tâche. Elle raconte la pression mise pour respecter les délais, avec des livres écrits en un mois, voire 2 semaines. Elle nous fait assister aux échanges dans lesquels les auteurs négocient de manière rocambolesques pour préserver leurs idées originales. Et elle nous recense des exemples de corrections plutôt arbitraires imposées par les éditeurs. C’est un système gangréné par le politiquement correct qui bride les écrivains et qui accouche d’œuvres en tous points uniformes.

L’écriture de l’auteure est simple et directe avec une touche d’humour. J’ai donc trouvé cet petit essai intéressant, car sous couvert de porter une attaque acerbe aux romans érotiques, Camille Emmanuelle apporte un témoignage surprenant et instructif sur sa condition d’auteur.