{{type}}
{{genre}}
{{register}}
Retourner à l'accueil

Pour le sourire d'un enfant

Nouvelle postée par :

Audrey Chenel
Les vies d'Hugo 4 ans et Noémie 20 ans vont se lier suite à un accident de train.

Mon téléphone posé sur la tablette devant moi indiquait « 8h08 ». Encore quatre heures et je serai enfin de retour dans mon petit studio d’étudiante à Marseille. J’étais rentrée pour les fêtes de Noël afin de festoyer en famille et aujourd’hui c’était le grand retour à la réalité et aux examens du premier semestre.
Ce trajet de train me semblait interminable. Après avoir vidé la batterie de mon ordinateur et fini mon livre, il ne me restait plus grand-chose à faire pour passer le temps.
De ma place, j’avais une vue sur tout le wagon. Place stratégique qui m’avait été attribuée par le plus grand des hasards. Sans m’en rendre compte, je m’étais mise à observer les gens qui m’entouraient. À côté de moi, le nez collé à la vitre se trouvait un étudiant qui avait sombré dans les bras de Morphée. Avec ses cheveux en bataille, j’imaginais déjà le filet de bave couler à l’échancrure de ses lèvres. De l’autre côté de l’allée, une maman et son enfant étaient installés. Le petit garçon devait avoir environ quatre ans et semblait drôlement bien élevé. Je l’observais un instant rire avec sa maman, être poli et calme. Et ce, depuis le début du voyage. J’aimerais pouvoir être aussi bonne mère un jour et éduquer mes enfants comme ce petit ange. Un peu plus loin, je pouvais voir un homme vêtu d’un costume qui travaillait sur son ordinateur, sans jamais en lever les yeux. Très concentré, il avait une petite bouche pincée qui accentuait ce trait de caractère. Je ne sais comment il faisait pour faire abstraction du bruit environnant, surtout lorsque la jeune fille derrière lui, faisait profiter de sa musique à tout le monde. Elle hochait la tête en rythme, perdue dans ses rêves.
Je me demandais quelles histoires, quels secrets se cachaient derrière telle ou telle personne. Pourquoi cette maman était toute seule avec son enfant ? Je m’interrogeais sur le métier de cet homme qui semblait préoccupé par ce que son ordinateur lui affichait. J’essayais de deviner quelle musique la jeune fille de derrière écoutait et combien d’années il lui restait avant d’être complètement sourde. Enfin je tentais de savoir d’où pouvait bien venir cet étudiant, affalé à mes côtés et qui empestait l’alcool des kilomètres à la ronde. Ce nouveau jeu m’occupa pendant une bonne heure.
Nous n’avions toujours pas passé Lyon quand l’inimaginable se produisit. Un crissement retentit et déchira l’atmosphère sereine qui s’était créée dans le wagon. Une seconde plus tard, avant même que quiconque n’eut le temps de réagir, le train se coucha sur le flan et continua sa route pendant quelques secondes.
Dans une confusion des plus totales, l’étudiant se réveilla en sursaut, la tête contre la vitre qui venait d’éclater en mille morceaux. Les manteaux, sacs et autres bric-à-brac qui peuplaient les wagons étaient venus s’écraser contre nous. Le petit garçon était tombé et dans un geste de désespoir, je l’attrapais pour le serrer contre moi avant qu’il ne s’écrase contre les débris de verre. Sa mère n’était plus dans mon champ de vision. Tout se passait tellement vite que je ne pouvais voir l’intérieur du wagon que par flash. En une fraction de seconde j’étais passée du confort de mon siège au chaos de cet accident.
« Protège tes yeux !, lui criais-je affolée resserrant mon étreinte. »
Des cris et le crissement du métal contre le fer des voies, tel le bruit de la craie contre le tableau - celui qui vous fait grincer des dents. Les gens hurlaient, de peur… De douleur… Les valises venaient exploser sur le sol et tels des corps inertes, elles se retrouvaient les entrailles à l’air, éparpillées sur le bord de la route.
Quand le train s’immobilisa, un silence pesant régnait. Les cris avaient cessé. On ne pouvait entendre que des gens gémir de douleur et n’apercevoir que confusion et désarroi autour de nous. Tétanisée, j’avais peur de faire le moindre mouvement.
« Tout est fini ! Rassure-toi. Tout est fini maintenant. ». Je tentais de le rassurer en prenant le ton le plus calme possible. Pourtant ma voix tremblait, tout comme mes mains, mes jambes et tout compte fait mon corps tout entier. Combien de temps sommes-nous restés comme cela ? Je n’en sais rien. J’avais perdu toute notion du temps. En revanche, ce que je sais, c’est que nous avions attendu les secours pour faire le moindre geste.
Par miracle, je n’avais que quelques égratignures. Les secouristes s’agitaient pour faire sortir tous les survivants du train. Telles des fourmis bien organisées, ils entraient dans les décombres du train à la file indienne et ressortaient avec un blessé. Je voyais la scène au ralenti comme si mon cerveau s’était déconnecté. Le bruit des sirènes se faisait de plus en plus discret pour ne laisser place qu’aux battements de mon cœur, qu’au bruit de ma respiration saccadée. Je n’entendais plus qu’un bourdonnement, ma tête me semblait extrêmement lourde et elle pouvait tomber d’une minute à l’autre.
« Mademoiselle, ce petit est-il avec vous ? Mademoiselle ? »
Je sortais de ma torpeur pour réaliser que le petit garçon que j’avais rattrapé s’était cramponné à ma jambe et ne me lâchait plus.
« Euh non. Sa maman était dans le train mais je ne l’ai pas vue après l’accident. J’ai vu le petit tomber sur le verre, j’ai pu le rattraper à temps.

  • D’accord. Pouvez-vous nous donner la description de sa mère ?
  • Oui, bien sûr. »
    J’essayais de faire fonctionner ma mémoire, mais après un tel traumatisme c’était plus dur que ce que j’avais imaginé. Je ne me souvenais presque plus de l’heure qui avait précédé ce drame.
    « Elle doit faire environ ma taille, trente-cinq ans, les cheveux blonds au niveau des épaules.
  • Quelle voiture ?
  • Voiture 7. »
    Un silence suivit cette déclaration. Le policier regarda le petit bonhomme - toujours solidement attaché à mon jeans - d’un air désolé, puis se retourna vers moi. Il n’eut pas besoin de me faire un dessin ou de prononcer le moindre mot. J’avais compris. Sa mère ne viendrait pas le chercher en courant heureuse de le voir sain et sauf. Personne ne serait là pour lui.
    « Dis-moi, comment tu t’appelles ? demanda le policier qui s’était accroupi pour lui faire face. »
    Pour toute réponse, le gamin se cacha derrière moi. Impossible de lui décrocher un mot. Dès que le sujet tabou était amené dans la conversation, son regard s’affolait et il se renfermait de plus belle dans cette carapace qu’il s’était construite.
    Après une longue discussion entre le policier, l’assistante sociale, qui avait été appelée sur les lieux, et moi-même, il fut décidé que ce petit bout rentrerait à Marseille avec moi le temps de retrouver sa famille. Nous avions bien essayé de le faire parler ou de le faire lâcher prise. Mais dès que nous étions séparés, un cri à vous fendre le cœur s’échappait de ses cordes vocales. Ce cri, ce hurlement même, c’était son seul moyen de communication. Le reste du temps il me tenait fort de ses petites mains encore malhabiles et restait silencieux. Seul son regard en disait long. Sur sa peine… Son égarement… Sa solitude…
    Me voilà dans un bus, mis en place pour nous ramener à bon port suite à l’accident, avec le petit sur les genoux. Alors que je regardais le paysage défiler sous mes yeux, je me perdais dans mes pensées. Les images de l’accident me revenaient en flash-back. Elles me hantaient. Et ce petit bout qui s’endormait contre mon épaule, je ne connaissais ni son prénom, ni son nom, ni son âge, ni rien de sa vie passée. Comment allais-je pouvoir prendre soin de lui ? Je n’étais qu’une étudiante vivant dans un studio. Je n’avais pas d’argent et aucun vêtement pour lui. Et surtout, je n’avais aucune idée de ce dont il avait besoin. Pour me rassurer, je commençais à faire une liste des priorités. Je devais tout d’abord lui trouver des habits. Je devais aller faire des courses pour remplir mon réfrigérateur désespérément vide. Et la liste s’arrêta là. Effectivement je n’avais pas la moindre idée de ce que s’occuper d’un enfant signifiait. Je me demandais pourquoi j’avais argumenté pour le garder avec moi jusqu’à ce qu’on retrouve sa famille. C’est quand il se blottit contre moi que je compris. Comment l’abandonner ? Il avait déjà traversé trop d’épreuves pour son jeune âge. Je ne sais pour quelles raisons il s’était accroché à moi – métaphoriquement et littéralement d’ailleurs.
    Nous sortions du car sains et saufs - du moins physiquement - et je rentrais directement chez moi. L’endroit était très sobre. Une petite entrée avec un meuble à chaussures et une penderie. Une salle de bain, petite mais fonctionnelle. Et la pièce principale avec une grande baie vitrée, un coin cuisine, doté d’un réfrigérateur miniature, de deux plaques et d’un évier, une table centrale et un vaisselier, puis le coin chambre, avec un canapé lit disposé sous un lit mezzanine.
    Je pris cinq minutes pour me regarder dans le miroir, mes habits étaient tout déchirés, ma joue écorchée et mes jambes vacillaient à chaque pas. Instinctivement je me tournais vers lui et mes soupçons étaient bien fondés car il était dans le même état que moi. Je devais impérativement lui trouver des vêtements. Heureusement, tous les supermarchés vendent des habits et je pourrais donc faire d’une pierre deux coups en faisant également quelques courses pour nous nourrir. Quelques phrases de l’assistante sociale me vinrent à l’esprit : « Surtout expliquez lui tout ce que vous faites et pourquoi vous le faites. Même s’il ne vous répond pas, au moins il comprend. » « N’oubliez pas que votre but est de le faire parler. S’il ne reparle pas nous devrons le récupérer. ». Consignes en tête, je m’accroupis face à la lui, un gant à la main pour lui débarbouiller le visage.
    « Écoute mon petit bonhomme, on va aller faire des courses tous les deux pour acheter de quoi manger. Je suis sûre que tu as faim. Et on va t’acheter des vêtements, parce que ceux-là sont tout déchirés. Tu es d’accord ? »
    Aucune réponse. Il me fixait seulement de ses petits yeux d’enfant perdu à qui l’ont vient d’ôter sa maman et qui se retrouve chez une étrangère qui n’entend absolument rien à ses besoins.
    « Première approche très gauche, pensais-je, puis je rajoutais en lui attrapant le main, si tu veux tu n’es pas obligé de parler, mais moi je m’inquiète pour toi et je voudrais savoir si tu vas bien. Alors peut-être que tu pourrais juste hocher la tête pour me dire si tu es d’accord ? »
    On se regardait dans le blanc des yeux et mon cœur se serrait de plus en plus face à cet échec cuisant. Alors que je perdais espoir, il vint poser sa main sur mon genou, comme pour attirer mon attention et opina lentement. Rassurée j’esquissais un grand sourire de soulagement.
    « D’accord. Avant qu’on parte je vais juste te débarbouiller le visage. »
    Devant la voiture je fus confrontée à mon premier problème. Le siège-auto.
    « On va aller au magasin et je vais t’acheter un siège-auto. Pour le moment on va devoir faire avec ce que j’ai. Je suis désolée, ça ne va pas être très confortable. Mais promis c’est juste pour une fois. »
    Il me regarda, et acquiesça. De sa petite main, il attrapa la mienne et je l’installais à bord de ma voiture, sur une pile de classeurs.
    Arrivés au magasin, je n’avais toujours pas trouvé comment je pouvais le faire parler, par contre ce pourquoi j’étais forte, c’est changer les idées. J’entrepris de tout mettre en œuvre pour le faire sourire, rire et s’amuser. En tout cas, pour le faire penser à autre chose. Je l’attrapais pour le glisser dans le caddie et je m’amusais à le faire voyager à travers les rayons au fil de mon imagination.
    « Prêt à monter dans une Formule 1 ? C’est parti !! De quoi a-t-on besoin ? Hum de la purée ! Tu sais ce qui est bon avec de la purée ? Des cordons bleus. Ça te dirait ? Tiens attrape une carotte. C’est marrant on peut jouer au Jedi, tu joues avec moi ? Attention rayon céréales. Vas-y attrapes-en un ! »
    J’essayais de le divertir en changeant de voix, en faisant des mimiques, en lui inventant des jeux. Mais rien ne semblait l’amuser. Au rayon papeterie, je me laissais tenter par des crayons de couleur et des feuilles. S’il ne pouvait pas me faire part de son chagrin avec des mots, peut-être pourrait-il le faire avec des dessins.
    De retour à la maison, les courses bien rangées, je lui demandais d’aller prendre sa douche pendant que je préparais le repas. Je le vis partir en direction de la salle de bain, puis s’arrêter à la porte et attendre.
    « Qu’est-ce qu’il y a mon bonhomme ? Tu ne veux pas prendre de douche ? Si ! Tu veux que je vienne avec toi ? »
    Il hocha timidement la tête. Il devait se sentir de trop et il avait bien dû comprendre que je n’avais pas l’habitude.
    « Ok, c’est parti pour la douche !, dis-je en l’attrapant par la taille pour le poser dans la cabine. »
    J’essayais plusieurs tours pour le faire rire, je me faisais une barbe en mousse, je me créais des coiffures loufoques. Rien. Pas une esquisse de sourire, pas même un rictus. Il avait toujours se regard triste et vide.
    Après le repas, je lui préparais son lit, lui lus une histoire de Disney, l’embrassais sur le front et partis me mettre dans mon lit mezzanine. Je restais les yeux grands ouverts, à fixer le plafond. Sur la peinture blanche se rejouait le film de cet accident tragique. Je n’avais pas osé regarder les informations devant lui, mais j’avais vérifié sur internet. Le verdict : « 10 morts et 54 blessés ». J’entendais les cris, je voyais ces lambeaux de peau arrachés par les débris, je sentais cette odeur de chair brulée, de ceux qui n’ont pas eu le temps de se cramponner à quelque chose avant que leur tête ne percute le sol. Alors que tout se bousculait dans ma tête, j’entendais mon petit bonhomme s’agiter en-dessous. Je descendis furtivement de mon lit, pour me glisser sous sa couette et tenter de lui apporter la chaleur et le réconfort dont il avait besoin pour dormir et chasser les mauvais rêves.
    Le lendemain, le réveil nous sortit d’une nuit difficile. Je lui préparais le petit-déjeuner, puis je l’habillais tout en me préparant pour aller en cours. Sac en main, clé de voiture dans la poche, je stoppais net en réalisant que je ne pouvais pas le laisser seul ici et je ne pouvais pas non plus l’amener en classe avec moi. Je me souvenais avoir vu une école maternelle sur le chemin du campus. J’y effectuais un premier arrêt pour leur expliquer ma situation. La première maitresse d’école refusa catégoriquement de prendre un autre élève surtout un « cas difficile » comme elle me l’avait explicitement avoué. J’eus plus de chance avec la seconde. Elle fit preuve d’une grande compassion face à notre cas et accepta de s’occuper de lui le temps de trouver une situation plus stable.
    Une sorte de routine se mit en place. Tous les matins, je le déposais à l’école avant d’aller suivre les cours. Je passais le chercher avant de rentrer et il me donnait les dessins qu’il avait faits durant la journée. Le plus souvent il s’agissait de trains, un fouillis de traits rouges et noirs, et sa maman. Une fois à la maison, nous allions nous promener en avalant un goûter. Puis de retour chez moi, une petite douche s’imposait avant de préparer le repas du soir et de se mettre au lit. Une fois l’histoire racontée, j’en profitais pour travailler une heure ou deux et je le rejoignais pour sombrer dans un sommeil profond.
    Quelques jours après l’accident l’assistante sociale vint nous rendre une petite visite surprise pour voir comment il allait. Le bilan tomba.
    « Il est nourrit, propre, habillé. Je vois que vous vous êtes équipée. Malheureusement il ne vous a toujours pas parlé. Vous ne connaissez ni son nom, ni son prénom, ni s’il a encore de la famille. Je ne peux pas vous le laisser. Dans ce genre de situation, plus un psychologue sera en mesure d’intervenir vite, plus il sera capable de se rétablir vite.
  • Je vous en prie, il fait des progrès. Laissez-le moi encore quelques jours.
  • Si vous ne pouvez pas le faire parler, faites-le sourire au moins. Il a l’air dépressif. Vous avez encore trois jours et je reviens faire un rapport.
  • D’accord. Merci. »
    Lorsqu’elle partit, je fermais la porte à double tour derrière elle et m’effondrais en larme contre la porte. Le petit se leva de sa chaise où il était en train de dessiner et s’approcha de moi. Le regard brouillé je le vis me tendre sa feuille de papier. Dessus il avait dessiné deux individus mangeant une crêpe, main dans la main, au bord d’un chemin bordé d’arbres. Sous les deux personnages il avait écrit « Emma et Léo ».
    « Léo. Tu t’appelles Léo. »
    Il opina et me montra le bonhomme qui me symbolisait. Un bâton pour le corps, deux pour les bras, une jupe en triangle, des cheveux blond sur un rond.
    « C’est moi ? »
    De nouveau il acquiesça. Je l’attrapais pour le serrer fort dans mes bras et je continuais à pleurer toutes les larmes de mon corps. Depuis ce voyage en train, j’avais été forte. Aucune larme n’avait coulé. J’avais pris sur moi… Pour lui… Et aujourd’hui il risquait de partir si je n’étais pas capable de le faire parler ou au moins, de le faire sourire.
    Les jours continuaient d’avancer suivant notre routine. Ses dessins étaient de plus en plus joyeux, même si le noir et le rouge restaient les couleurs dominantes. D’autres nuances venaient se mêler pour égayer le tout.
    Samedi après-midi je l’avais emmené à la plage, aux jeux pour enfants. Des crabes ou autres sculptures en bois avaient été créées afin d’éveiller leur imagination. Je partais avec lui à l’aventure sur le toboggan, dans les cordes et autres jeux sur lesquels je n’avais plus été depuis bien longtemps. Je finis cette journée assise sur les rochers face à l’immensité de la mer. Je lui demandais s’il avait déjà vu la mer et il me fit signe que non. À peine avait-il répondu, que je m’étais levée, l’attrapant par la taille, je le faisais tournoyer dans les airs en lui disant que dans ce cas il était obligé de plonger dans l’eau. Il tournait la tête de gauche à droite avec empressement et je m’amusais à le ramener de plus en plus près de l’eau, jusqu’à ce qu’il ne puisse y tremper que le bout de la main. En revenant sur la terre ferme, je lui remettais son bonnet sur les oreilles et je refermais son blouson correctement.
    « Tu t’es bien amusé aujourd’hui ? »
    Pour toute réponse, il me sourit. Ce sourire tant attendu me fit verser une larme de soulagement, une larme de bonheur. Je ne pus m’empêcher de le prendre dans mes bras et lui déposer un baiser sur le front.
    Sur le chemin du retour j’affichais un visage radieux et un sourire qui allait d’une oreille à l’autre. Rien ne pouvait me l’enlever. Devant la maison, l’assistante sociale m’attendait accompagnée d’un homme. C’est fier de moi que je sortais de la voiture. J’avais pu le faire sourire. Ce n’était plus qu’une question de quelques jours avant qu’il ne parle. Alors que je venais de déposer Léo sur le trottoir, celui-ci couru vers l’homme en criant : « Papa !
  • Léo, mon cœur comment tu vas ? Je suis si content de te revoir. »
    Ma mine se décomposa d’un seul coup. Évidemment j’étais heureuse de l’entendre parler, et de voir qu’il avait toujours de la famille pour veiller sur lui. J’étais restée sur place comme paralysée. En fait je savais qu’à partir de maintenant je serais seule. Seule pour faire face à ma peur. Seule pour affronter mon chagrin. Seule pour combattre mes cauchemars.
    Je le vis revenir vers moi en courant et se jeter dans mes bras, que j’avais grands ouverts pour l’accueillir. Il s’approcha de mon oreille et chuchota du bout des lèvres « Merci. »