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Mai 68 : Veille Du Grand Soir

Patrick Rotman, Sébastien Vassant

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Disponible aux éditions Guy Delcourt Productions

Ce qu'en dit l'éditeur

Il y a un demi-siècle, au printemps 1968, les Français ont été saisis d'une étrange crise existentielle. A travers le regard d'un étudiant mêlé par hasard à l'engrenage du mouvement, le lecteur participe à toutes ces journées depuis les coulisses. II côtoie Cohn-Bendit, Geismar ou Weber, grimpe sur les barricades, écoute la logorrhée verbale qui s'empare du théâtre de l'Odéon... En contre-point, La Veille du grand soir montre ce qui se passe au sommet de l'Etat : les affrontements entre de Gaulle et son premier ministre Pompidou, les décisions prises à la Préfecture de police ou place Beauvau...
En un mot, le lecteur est à chaque instant là où l'histoire se fait, à la Sorbonne et à l'Elysée, aux usines Renault ou à l'Odéon... Il est plongé au coeur de l'ouragan pour en comprendre les états d'âmes et les états d'armes. Nourri de l'expérience vécue comme étudiant puis documentée comme écrivain par Patrick Rotman, ce récit est mis en scène avec ampleur par Sébastien Vassant.

Critique postée par :

Lindsay Hardy

Excitée de faire partie des Explorateurs de la BD du site Lecteurs.com avec qui je ne suis plus à mon premier partenariat, je l'ai été encore plus en recevant Mai 68 : La veille du grand soir. Alors que ce mois de mai débute sur des docus retraçant les événements, j'ai pu attaquer les faits par le prisme de la bande dessinée et ça, c'est vraiment chouette ! Patrick Rotman et Sébastien Vassant, m'ont entraîné avec eux dans l'Histoire d'une France enlisée, marquée par une contestation sociale et générale du pouvoir en place. Tiens, tiens, ça me rappelle quelque chose... De cette frise historique au jour le jour, la double approche entre souvenirs de Patrick Rotman et scènes au plus haut sommet de l'Etat permet de mieux comprendre les enjeux politiques et sociaux. Une question demeure : apprend-on du passé ? Au vu des informations des dernières semaines, pas sûr...

A travers le regard d'un étudiant pris par hasard dans le feu d'une révolte, nous lecteurs, sommes témoins d'un mouvement d'une ampleur considérable. De la Sorbonne à l'Elysée, de la rue aux usines Renault, nous assistons au déroulement des événements pour mieux en saisir les enjeux. De Conh-Bendit à De Gaulle, la personnalité des protagonistes se révèle et s'étire pour dévoiler la complexité du pouvoir.

Sous les traits de cette bande dessinée historique, rien n'est plus actuel. Le combat de la rue, des plus modestes contre le régime, est presque une banalité. Ce qui fait la particularité de mai 68 est la révolte générale issue d'une crise existentielle comme il y en a si peu. D'abord étudiante et se voulant anti-capitaliste, ce vent de contestation s'étend à la rue, aux ouvriers comme à tous corps de métier.

En côtoyant la figure étudiante emblématique de Cohn-Bendit, en vivant la nuit des barricades ou encore la prise du théâtre de l'Odéon, notre étudiant-témoin confirme la complexité interne entre volonté de changement, violences policières subies et parfois provoquées, méfiance envers les syndicats et instabilité politique.

De ce malaise social évident, l'audace et l'improvisation estudiantine provoque assurément une fracture entre l'Elysée et Matignon, entre De Gaulle et son Premier ministre Pompidou, révélant ainsi une méconnaissance des revendications sociales de son propre pays, quitte à user de mépris et de violences envers les classes. Ça ne vous rappelle rien ? Vraiment ?

De cette BD aux traits levés, aux couleurs unies et assez ternes avec pour volonté de mettre en avant les dialogues, j'y ai vu le reflet d'une époque en proie aux réflexions. Comme une remise en question d'un modèle de vie.

Finalement, cette lecture me conforte dans un parallèle saisissant de notre société actuelle. Parallèle entre insupportables violences policières. Parallèle entre guerres de communication. En effet, lors des événements, le pouvoir en place restreint puis interdit toutes communications de l'ORTF (Office de Radiodiffusion-Télévision Française) voulant informer les citoyens. La comparaison peut paraître exagérée, mais pas quand un gouvernement muselle, avec une volonté de contrôler et reporter les fautes sur les médias, et surtout en préparant une loi sur le secret des affaires stigmatisant encore plus les journalistes. Et la liberté d'expression dans tout ça ?

Ce que j'en tire, est une revendication commune au mouvement de mai : un NON progressif au modèle capitaliste et libéral.

Ce roman graphique à la particularité de survoler d'un regard critique toutes les strates de l'Histoire, le tout avec cohérence. Documents à l'appui et fiches descriptives, il me manque cependant une mise en situation générale de la vie des Français qui expliquerait ce vent de révolte. La contestation n'est jamais vaine, car n'oublions pas que ce que nous avons aujourd'hui n'est que le résultat des batailles d'hier et encore plus de demain.

Pendant cette lecture, j'ai choisi de boire un thé Betjeman & Barton intitulé "Une belle histoire..." et je pense que vous comprendrez pourquoi !