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Les pierres de mémoires

Philippe Nonie

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Disponible aux éditions Paul & Mike éditions

Ce qu'en dit l'éditeur

Henri est un adolescent effacé et sensible que ses camarades surnomment Le cagot. Tout le prédestine à reprendre l’exploitation agricole familiale située dans les Hautes-Pyrénées. C’est sans compter sur son amour des livres. Un été, le hasard l’amène à croiser la route d’une peintre qui lui transmet un étrange virus…

Après « Le murmure des attentes », publié chez Lucane éditions et couronné par le Prix Chronos 2015, Philippe Nonie livre une histoire intergénérationnelle évoquant une réalité historique méconnue : les cagots. Dans ce conte poétique, où les personnages livrent un combat contre le silence et l’oubli, l’auteur ressuscite bien des vies d’autrefois dont certaines ne figurent dans aucun état civil.

Critique postée par :

Arnoud

« Je ne suis pas né cagot, je le suis devenu. Cagot. Voici un mot que la mémoire a en partie oublié. Pendant des siècles, les cagots ont été ces hommes et ces femmes traités comme des dégénérés. Ils vivaient en communauté tels les lépreux dans les lazarets. Ils ne mesuraient pas plus d’un mètre cinquante, parfois moins, et devaient porter une patte d’oie cousue sur leurs habits pour les distinguer des autres. »

Henri n’est pas né cagot, mais, de petite taille, il se sent différent, à l’école on le traite de cagot. Peut-être son lignage, comporte-t-il des gènes de cagot. Ses parents sont agriculteurs et il est destiné à reprendre l’exploitation familiale. Rien ne le prédisposait à devenir journaliste et écrivain, métier honni par ses parents.

« Écrire, le cache-misère d’un mensonge quotidien : faire croire que l’on sert à quelque chose. »

Henri est très bon élève. Sa prof de français voyant son potentiel décide de lui prêter des livres. Henri découvre le pouvoir des mots, « cet ailleurs qui m’avait été jusque-là inaccessible. » Les premières pierres de la rébellion sont posées. Henri veut écrire.

Un jour, alors qu’il va surveiller les bêtes, il rencontre dans l’un des champs familiaux, une artiste peintre. Elle est en train de peindre une grange en ruines. Son tableau est étrange cependant, il représente la grange debout et des gens s’affairant autour. La femme révèle à l’enfant que les pierres emmagasinent la mémoire des hommes, leur histoire et qu’elle sait lire en elles. En touchant d’une main les pierres de mémoires et Henri, elle lui transmet le virus de la création. Virus, le terme est exact. Henri devient frénétique, il écrit, toujours et encore.

A l’âge adulte, ravagé par ce virus qui le hante, qui l’empêche de dormir, il cherche à en comprendre le mécanisme, comment le canaliser. Pouvoir enfin dompter cette bête qui lui dévore la vie.

Henri est différent de par sa taille, mais tel les cagots, il se sent encore plus isolé par ce virus incontrôlé. Cette inspiration nécessaire à tout écrivain peut se révéler une véritable ennemie quand elle n’est pas maîtrisée, quand elle prend le pas sur la vie.

Les pierres de mémoires est un conte poétique, sur la création, ce virus qui hante l’auteur, qui a son existence propre, et qu’il se doit de canaliser pour ne pas se laisser dévorer par lui, tout en le préservant. Un conte porté par l’écriture très visuelle, très cinématographique et pleine de poésie de l’auteur. Un excellent moment de lecture qui m’a fait découvrir cette histoire des cagots que je ne connaissais pas du tout. Un livre qui ne peut que plaire à tout amoureux des mots et des livres.

« Je me suis levé une heure après son départ, ma main s’est à nouveau mise à trembler et j’ai manqué renverser mon café. Durant la journée ; j’ai écrit près de quatre chapitres supplémentaires. J’avais la sensation d’être en transe, je voyais mes personnages, je devinais leurs pensées intimes, je percevais leurs dialogues et je les écrivais. Même si je suis sorti littéralement épuisé par les efforts fournis, j’ai éprouvé ce jour là un sentiment profond de plénitude. J’étais enfin devenu l’homme que j’avais envie d’être : par les mots je rattrapais les centimètres que la vie ne me procurait plus. Par cette histoire, je projetais en ombres chinoises la tragédie vécue au cours des siècles par les cagots. »

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