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Les malchanceux

Bryan Stanley Johnson, Jonathan Coe, Françoise Marel

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Disponible aux éditions Quidam éd.

Ce qu'en dit l'éditeur

Envoyé dans une ville des Midlands, un rédacteur sportif se retrouve confronté aux fantômes de son passé dès sa sortie de la gare. Le souvenir de l'un de ses meilleurs amis, Tony, trop tôt emporté par un cancer, vient à hanter son esprit tandis qu'il doit se plier, comme chaque semaine, à la routine de son labeur : écrire un article sur un match de football. Légendaire par la forme « expérimentale » qu'il adopte pour traiter de l'idée de chaos et du fonctionnement erratique et discontinu de la pensée, Les Malchanceux est un incunable des années 60, salué dès sa sortie comme un événement, et sans aucun doute le chef-d'œuvre de B.S. Johnson. Serti dans l'écrin d'une boîte, ce « livre disloqué » est constitué de «cahiers» non reliés, 27 sections susceptibles d'être brassées comme des cartes et lues dans l'ordre que le hasard offrira au lecteur, exception faite du premier et dernier « chapitres » intitulés comme tels. Elégie et roman de l'amitié, Les Malchanceux est aussi une magnifique méditation sur la mort comme un portrait sans complaisance de son auteur, le tout empreint d'humour noir. Avec quarante ans de retard, le lecteur francophone peut enfin découvrir cette œuvre d'une originalité absolue.

Considéré dès sa parution comme un véritable chef-d’œuvre outre-Manche, ce roman n'a aujourd'hui rien perdu de sa force et de son caractère avant-gardiste. Véritable tour de force que ce « livre disloqué », constitué de 27 «cahiers» non reliés susceptibles d'être lus dans n'importe quel sens (à l'exception du premier et dernier chapitres, intitulés comme tels). Au final, ce sont, à raison de 25 "cahiers", 25! (25 x 24 x 23 x...) = façons de lire ce roman.

Ce procédé n'a rien d'un artifice ; le but de B.S. Johnson est de reproduire, par ce biais, le caractère chaotique, aléatoire, mais aussi imprévisible de la pensée. Ce coffret est en quelque sorte une métaphore du fonctionnement aléatoire de l’esprit. En fonction de l'ordre de lecture choisi, on peut ainsi alterner tour à tour le tragique (la maladie de son ami Tony) et le trivial (par exemple toute cette partie ayant, pour principal sujet, le jambon qu'il vient d'acheter et est en train de déguster). La pensée, veut nous dire B.S. Johnson, est par essence chaotique ; aussi ne vous attendez pas un à roman structuré. Certains souvenirs refont surface sans qu'on les ait sollicités, d'autres se refusent à nous (la plus belle illustration en est ces nombreuses occurrences de la phrase "c'est fou que je me souvienne de ce genre de détails" lorsque refont surface des souvenirs sans réel intérêt pour le narrateur tandis que d'autres , visiblement plus "importants", demeurent obstinément enfouis.

Pour B.S. Johnson, le but premier du roman, c'est de décrire la vérité; et la vérité, c'est ce côté chaotique de la pensée. C'est également l'intime, "la fulgurante déchéance du corps de son ami". Le résultat en est des descriptions parfois crues, presque "déplacées" tant nous tombons dans le domaine de l'intime ("Ne t'inquiète pas mon pote, j'écrirai tout".)

B.S. Johnson décrivait d'ailleurs lui-même son but par ces mots : "L'un de mes objectifs est didactique aussi : le roman doit servir à transmettre la vérité, et dans ce but, chaque procédé, chaque technique de l'art de l'imprimeur devrait être mis à la disposition de l'écrivain : d'où les trous dans la page, comme des fenêtres sur le futur, par exemple, autant attirer l'attention sur les possibilités que pour prouver ma théorie sur la mort de la poésie. La page est un espace sur lequel je dois pouvoir déposer les signes qui, d'après moi, transmettent le plus justement possible ce que j'ai à transmettre : j'utilise donc, dans les limites du budget de mon éditeur et de la patience de mon imprimeur, des techniques typographiques qui transgressent les limites contraignantes du roman conventionnel. Rejeter de telles techniques en les traitant d'artifices, ou refuser de les prendre au sérieux, c'est laisser passer l'essentiel."

Pour être honnête le procédé, aussi ingénieux soit-il, montre à certain moments rapidement ses limites. En effet, un chapitre, quelque soit sa longueur, relève toujours d’une séquence narrative classique et suspend ponctuellement le caractère aléatoire voulu par l’auteur. « À aucun moment, aujourd’hui comme hier, je n’ai pensé avoir complètement résolu le problème, admit Johnson plus tard, mais je continue à penser que mon idée permettait de s’en approcher au plus près ; et même si, d’une certaine manière, j’étais encore loin du compte, l’idée du livre non relié était un procédé efficace pour réussir à rendre le fonctionnement aléatoire du fonctionnement de l’esprit.» Et il est vrai que certains feuillets semblent presque "déplacés" s'ils ne sont pas directement lus à la suite directe d'un autre. On peut dès lors presque s'amuser à tenter de retrouver l'ordre dans lequel l'auteur a rédigé ces divers cahiers.

Outre l'aspect expérimental de ce roman et la réussite du procédé (malgré les quelques écueils inévitables exposés précédemment), c'est également un splendide texte sur la maladie, tout en sincérité. B S Johnson nous prouve qu'il est, avant toutes choses, un très grand écrivain. Il n'est pas fréquent que le style et l'originalité soient associés dans un roman ; quand ils le sont, c'est une formidable réussite, sans doute mon coup de cœur de 2014.

Les malchanceux - Bryan Stanley Johnson

Les malchanceux est publié aux éditions Quidam

Les malchanceux n'est pas disponible au format Ebook

Critique postée par :

Stéphane Regnault