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Le silence des rails

Franck Balandier

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Disponible aux éditions Flammarion

Ce qu'en dit l'éditeur

Alsace, 1942. Parce qu'il est homosexuel, le jeune Etienne est envoyé dans l'unique camp de la mort installé en territoire français annexé. Parce qu'il est homosexuel, il porte le triangle rose, insigne de son infamie, sur son pyjama de prisonnier. S'il sort vivant et libre de cet enfer, personne ne le croira, c'est sûr.

Critique postée par :

Macha Seruoff

Génuflexion, élévation, consécration, bénédiction, puis ite missa est : ce roman est construit comme une prière en cinq chapitres. Et entrecoupé de lettres à Dieu. Ce Dieu absent. Attendu. Espéré. Silencieux.

Etienne est né à la fin de la grande guerre. Novembre 1918. En pleine paix... Sa mère accouche à la gare de l'Est entre deux voies. Dans le silence des rails. L'abandonnera là. Privé d'un père qui ne rentrera pas du front, il connaîtra l'orphelinat et la promiscuité entre garçons. A 18 ans, un bac en poche, il en sort et commence une vie de liberté(s). Sexuellement il s'oriente vers les hommes. Et quand la deuxième guerre mondiale éclate il est déporté. Sur son pyjama rayé le triangle rose...

Pendant trois hivers glacés gelés morbides, Etienne se retrouve dans l'enfer du camp alsacien de Struthof. Dès l'aube il vide les seaux de pisse et de merde des autres prisonniers.

Franck Balandier nous prévient dès la première page : ce livre est une fiction qui s’inscrit dans un contexte historique réel. Certains personnages ont existé. D’autres non. Et ses mots sont si finement choisis qu'ils plongent le lecteur dans une réalité cruelle. Qui a bien existé elle...

Partout le mensonge. Qui pourrait croire, devant tant d’immaculée beauté, dans cette accalmie cotonneuse qu’abandonne la nuit, qui pourrait croire que nous allons tous mourir ? Tant de douceur aussi. Tant de promesses ensevelies. En attente. Et pour quel dégel ?

Etienne fait partie des culs roses comme on les appelle au camp. Sur son avant-bras droit 19852 tatoué à l'encre. A vie. Chaque personnage qui entre dans sa vie au camp ajoute un flocon de neige à la froideur de la situation... Ses camarades, ses bourreaux, cette étrange petite fille derrière les barbelés...

Après, le silence. Celui qui dure au creux de mes insomnies. L’indécence des heures quand le jour patiente encore à l’encoignure. Il y a la nuit encore installée. Vautrée sur nos divans de bois. Cette nuit à la gueule de bois, pleine de mauvais rêves.

Franck Balandier est un auteur parisien né en 1952. Après Les Nuits périphériques (1988)_, L’Homme à la voiture rouge _(2000) et Ankylose (2005), c'est chez Flammarion qu'il a publié ce dernier opus, Le Silence des rails.

Il signe là un récit violent. Abrupt. Amer. Gelé comme un hiver au Struthof. Un livre hommage. De son écriture poétique, l'auteur nous entraîne certes en enfer mais dans un roman digne et pudique. Il faut bien plus que du talent pour décrire avec autant de beauté dans chaque phrase tout ce quotidien morbide, ce sang, cette violence, ces expériences médicales, ces fumées là-bas au loin et ces cris. Et le silence. Balandier est un poète. Chapeau !

Personne ne me croira. J’en suis certain. Si je sors libre de cet enfer, personne ne me croira.