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Le livre du Boz

Julien Friedler

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Disponible aux éditions J. Flament

Ce qu'en dit l'éditeur

Non, il ne s'agit pas de s'indigner. Bien au contraire. Enfin, voici une proposition plus artistique que littéraire. Un songe sans doute.

Nous sommes en crise, partout nous entendons ce message. L’austérité dévore notre monde. Quelle alternative ? Cela fait plusieurs articles où je défends l’idée de replacer l’art au centre des débats. L’art non comme un marché mais comme un geste créatif qui engendre du lien social. Au milieu de tout cela, un homme, tente le tout pour le tout. Julien Friedler un homme à part, un écorché qui nous livre son monde : le Boz.

Une fois le liminaire franchi, le lecteur avance de ce qui n’est ni un poème, ni un roman, ni un essai… Mais qui est tout à la fois, un conte, un récit, une épopée hors des sentiers battus. «A ce jour, le Boz reste un mystère. (...) De Jérusalem à Bénarès, le Boz s’avancera comme une fantastique nébuleuse, grosse de légendes. Il y a de l’Alice au pays des merveilles dans le Boz »1. Quelle audace ce livre ?

Quelle force a eu l’éditeur Jacques Flament de proposer aux lecteurs cet ouvrage. Il s’en explique dans un vidéo « quel temps passé à comprendre les méandres de la pensée de Julien Friedler, mais quelle joie aussi de publier cette proposition alternative : l’art comme une alternative à cette société qui va droit dans le mur ». Au fond qui d’autre qu’un éditeur indépendant pouvait oser ? C’est un tour de force, un pari fou, mais c’est aussi une idée géniale que de sortir ce livre, de proposer au monde une cosmogonie hors du commun.

Pourquoi évoquer ici une cosmogonie et non comme son auteur une cosmologie ? Le Boz est un mystère, une nébuleuse, un “ce faisant”. Etymologiquement le mot même de « cosmogonie » vient du grec « cosmo » qui signifie « monde » et « gon » qui veut dire « engendrer ». Elle se définit donc comme le système de la formation de l’Univers. Cette nébuleuse est donc bien une cosmogonie. Le Boz n’est pas une science des lois générales par lesquelles le monde physique est gouverné. Non il est une nébuleuse métaphysique et artistique qui se génère elle-même, qui se grossit d’expériences.

Car finalement ce qui nous intéresse ici dépasse nos habitudes (perceptives et autres).

Les questions, les errances dont il est question au fur et à mesure des pages du Livre du Boz, sont existentielles, elles sont à la base de toutes les sociétés.

Comme tout livre, Le Livre du Boz a un auteur. Celui là même dont le nom apparaît sur la couverture du livre : Julien Friedler. Mais qui est cet homme ? Né en 1950 à Bruxelles, il a étudié la philosophie, la psychanalyse… C’est un être sensible, un écorché vif qui ne figure même pas en photographie sur la quatrième de couverture de son propre livre. Il a laissé place à son double : Jack Balance.

Il a passé son enfance et son adolescence à Bruxelles. Après des études de philosophie et d’ethnologie, il suit un cursus de psychanalyse à Paris. Il adhère alors aux théories post- structuralistes de Jacques Lacan, tout en débutant une psychanalyse personnelle avec ce dernier.

Durant les années 1990, il crée "La Moire" à Bruxelles, un institut qui favorise une approche interdisciplinaire dans le champ psychanalytique. Il veut briser les contraintes de la psychanalyse classique.

Il débute l’écriture de ce livre et donc de sa légende en 2003. Dix années d’écriture, de recherche, de compréhension des méandres du monde de l’art et de sa propre histoire.

A dire vrai, nous ne sommes certains de rien. Les certitudes ici sont des châteaux de sable. Il suffit de s’aventurer dans Le Livre du Boz pour ce sentir en déséquilibre. Un parcours poétique... les mots sont des miroirs, ils ont des racines, des histoires, à peine sommes-nous touchés par un personnage qu’un autre apparaît avec plus de mystère, de folie, nous entraînant à nouveau vers une nouvelle direction. Il faut être en méditation constante pour se saisir de la linéarité de l’histoire. Une fois le liminaire passé, impossible de se retourner. Il faut y aller. Pas à pas, mot après mot, une mélodie se fait entendre. Elle est tantôt douce, tantôt tragique, elle nous accompagne. Elle nous prend par la main et nous conduit dans une danse. Nulle sagesse, nulle tentative de leçons, juste des personnages courant, valsant, devenant des êtres différents au fur à mesure que le bruit et la fureur du monde, deviennent trop forts.

C’est pour moi le filigrane du temps qu’il nous faut expliquer ici. Comprendre le Livre du Boz, c’est s’interroger sur les dates de l’Histoire du monde mais également de celles qui jalonnent la création du Boz. «La loi du genre exigeait la patience. Le démarrage serait lent, presque laborieux. On n’entame pas un tel voyage sans moult précautions»2.

La première date qu’il faut saisir c’est 1997. Une année qui voit la vie de Julien Friedler créateur d’une école de psychanalyse troquer cette posture pour celle de l’artiste. Celle du paria de la société, de l’illuminé mais sans aucun doute celle du chaman : celui qui mêle les pratiques magiques, créatives pour ouvrir une voie. Ce n’est pas pour rien que sa première œuvre mentionnée est un tableau intitulé « l’Aveugle ».

2001, le monde est frappé en sa chair. Nul ne peut échapper à la terreur. Cette angoisse est au cœur du Livre du Boz. Comment mettre fin à la terreur ? Est-ce le rôle du rire, du trait d’humour (en bon psychanalyste), il connaît le rôle du Witz .

2003, les mots commencent dans une pratique créative. Mais c’est aussi l’année de l’exposition intitulée « l’enfance de l’art » à la Fondation Mudima de Milan. Là va naître Jack Balance dans la poche de son auteur, caché au fond d’une boîte d’allumettes. Il faut se donner du courage pour entrer lors du vernissage de cette exposition. Il faut aller au-delà du regard des autres, des singeries, des hypocrisies… Nous pourrions jouer ici avec une référence à Lucrèce « quand les masques tombent demeurent la réalité ».

Mais comme le souligne Dominique Stella, commissaire de l’exposition, « les parcours de Julien Friedler se chevauchent et composent un tableau de vie fait de morceaux d’existence qui s’entrelacent d’une manière complexe créant de multiples facettes d’un personnage que la diversité et l’ambiguïté intéressent ». Il y a de la congruence née de l’observation. Il y a la connaissance des discours, la force de la captation. Il y a aussi tout simplement du génie. Une audace baignée de lucidité : « toutefois, nous avions compris la leçon. Jack Balance, Moi et le Scribe ne suffisaient pas. Ils ne pouvaient à eux seuls colmater la brèche. Il y fallait autre chose. Le Boz devait s’enrichir d’autres apports inclure un nombre croissant d’artistes»3. Là germe la nécessité de créer le Boz, reste à le concrétiser.

N’en déplaisent aux poètes, le monde du Boz existe bel et bien. C’est une tentative, une préfiguration d’un monde créatif. Il naît à mesure des expériences artistiques de Julien Friedler mais également avec son désir de proposer une alternative au monde. Ce monde qui part « en sucette ». Face à l’implosion de la société du spectacle, il faut donner aux êtres la possibilité d’un supplément d’âme.

C’est en 2006, au « saut du lit » comme le rappelle Julien Friedler lors d’une conférence à Monaco, que naît l’idée de l’installation de la « Forêt des âmes ». Un questionnaire comprenant six questions « existentielles » posées à l’identique à travers le monde. Ce questionnaire n’est pas un sondage. Tous les questionnaires recueillis sont ensuite mis dans des colonnes qui sont scellées. Ces colonnes constituent l’installation plastique « la Forêt des âmes ».

Pour organiser ce projet, Julien Friedler crée l’association « Spirit of Boz » dans le but de promouvoir l’art contemporain, la création collective autour du Boz. Cette association a un but humaniste et artistique. Elle développe un programme intitulé Be Boz Be Art. A travers le monde, Spirit of Boz cherche les nouvelles pratiques artistiques et à leur donner une visibilité.

En respectant l’esprit insufflé par Julien Friedler, l’équipe collecte autour du monde des traces d’expressions artistiques. De Loncopue au Togo, en passant par Java, le Tibet, l’Argentine, toutes les oeuvres collectées s’échangent et donnent naissance à de nouvelles expressions. Le Boz devient un lien fédérateur, une nouvelle façon d’enchanter le monde.

Entre 2007 et 2009 (de Sofia au Mube de San Paulo, en passant par Munich ou New York) les expositions de Julien Friedler deviennent celles du Boz. Elles présentent des œuvres croisées, nées de la confrontation avec celles recueillies autour du monde, autour du Boz.

Le Boz est donc bien cette carte dont Jack Balance tente de circonscrire les frontières en jouant à la marelle. Belle métaphore qui fait reposer le Boz à la fois sur le hasard et la stratégie. Un éternel rebond.

Comment affirmer cela au fil des cinq cent quarante-deux pages de ce livre ? Il faut aller au cœur des choses, au centre des références. Il faut avancer pas à pas, ne pas s’effrayer des trappes, des secrets, des rêves, des ratures, des bifurcations constantes, des allers retours entre le réel et l’irréel. Il faut accepter de se pencher sur des détails en fonction de notre propre histoire.

Il y a comme dans toute mythologie une économie. Et celle du Livre du Boz apparaît avec la mention à Théodhor Herzl (page 253). Un détail, une complexité cachée sous un nom.

Qui est ce Théodor ? Journaliste et écrivain viennois (1860-1904), directeur du quotidien Neue Frei Press. A la suite du verdict de l’affaire Dreyfus, il se met en tête que la seule solution pour les juifs est d’avoir une patrie, un état. Il s’enferme alors pour écrire l’Etat juif et organise un premier congrès à Bâle. Son livre “Altneuland, nouveau pays ancien” ne rencontre pas le succès mais il définit la notion, d’état et y développe l’agencement social. Il avance l’idée “d’une coexistence de toutes choses. Il n’est pas nécessaire que l’ancien disparaisse brusquement pour que le nouveau apparaisse”. Cette même coexistence existe dans le livre du Boz, comme dans le boz de manière générale. C’est aussi une préoccupation chez Julien Friedler (notamment en psychanalyse avec le déchirement entre Freud et Young)

Cette idée de coexistence indique la recherche et la possibilité d’une économie via le Boz et l’Art (entendu comme geste créatif non comme marché).

Herzl écrit “la pratique de la mutualité ne nous a pas appauvris en fortes individualités mais au contraire enrichis. L’initiative privée n’est pas chez nous écrasée par les pierres du capitalisme, ni décapitée par l’égalitarisme socialiste (...) Cependant c’est la formule intermédiaire entre l’individualisme et le collectivisme. Elle n’enlève à l’individu ni le ressort, ni la jouissance de la propriété privée, tout en lui donnant les moyens de se défendre par l’association contre la puissance indue du capitalisme”. C’est exactement ce que propose Julien Friedler à travers ce livre une tentative artistique mutualisante, une nébuleuse pleine de valeurs et de possibilités.

Le Livre du Boz se compose de cinq livres. Le lecteur averti peut tout demander à cet ouvrage. Il peut le consulter comme un ami proche. C’est un mystère qui grandit. Conclure ne peut se faire que sur les mots de Julien Friedler qui laissent traîner sur son site de « recherches », la vérité du Labyrinthe : « Spirit of Boz : un nouveau mythe. Un mythe en gestation. L’esquisse d’un destin pour ceux qui le désirent. Un pari sur l’avenir. Une nouvelle alliance, née du futur »4.

Le livre du Boz est publié et disponible aux éditions Jacques Flament

Le livre du Boz n'est pas disponible au format Ebook

Critique postée par :

Bressler