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Le dernier des nôtres

Adélaïde de Clermont-Tonnerre

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Disponible aux éditions Bernard Grasset

Ce qu'en dit l'éditeur

«La première chose que je vis d'elle fut sa cheville, délicate, nerveuse, qu'enserrait la bride d'une sandale bleue...» Manhattan, 1969 : un homme rencontre une femme. Dresde, 1945 : sous un déluge de bombes, une mère agonise en accouchant d'un petit garçon. Avec puissance et émotion, Adélaïde de Clermont-Tonnerre nous fait traverser ces continents et ces époques que tout oppose : des montagnes autrichiennes au désert de Los Alamos, des plaines glacées de Pologne aux fêtes newyorkaises, de la tragédie d'un monde finissant à l'énergie d'un monde naissant... Deux frères ennemis, deux femmes liées par une amitié indéfectible, deux jeunes gens emportés par un amour impossible sont les héros de ce roman tendu comme une tragédie, haletant comme une saga. Vous ne dormirez plus avant de découvrir qui est vraiment «le dernier des nôtres».

Critique postée par :

Alain Dagnez

Caïn et Abel chez les SS.
Voilà un récit bien étonnant. Depuis quelque temps, Les auteur(e)s prennent un malin plaisir à déconstruire le temps et à habituer le lecteur à suivre deux histoires à la fois, même si celles-ci se logent à des époques différentes, et retardent comme par plaisir le moment où tout cela trouvera un lien.

Dans un premier temps, Adélaïde de Clermont-Tonnerre nous renvoie joyeusement en 1969 ; une belle histoire de séduction et d’amour entre Werner Zilch et la blonde Rebecca Lynch se profile. Après quelques épisodes où le Casanova compulsif use de son art, la FDSV - comprenez la Femme De Sa Vie » ou encore « la Belle », finit par succomber avec délectation. Ça commence bien : un roman d’Amour se dit-on. On est vite détrompé.
De l’autre côté des pages, dans une tonalité mineure, nous assistons à la naissance d’un bébé, sous les chutes mortifères du bombardement de Dresde en 1945. Le récit est, cette fois, tragique : la jeune mère, mortellement blessée, décède ; elle se nomme Luisa ; le père de cet enfant est Johann Zilch, savant et spécialiste des V2. Marthe, la tante du nouveau-né, le recueille, le materne, coud à plusieurs reprises dans les vêtements du bébé cette inscription : « le dernier des nôtre », très sibylline. Mais l’enfant lui est subtilisé. Par qui ? pourquoi ? Ne comptez pas sur nous pour faire votre travail de lecteur.
Celui-ci se demande, au fil des récits croisés, comment l’auteure va bien pouvoir s’y prendre pour que les histoires se rencontrent et que les personnages finissent par trouver leur lien commun. Et elle y parvient avec talent. Elle y ajoute même un supplément de retournements de situations qui nous laissent en haleine jusqu’au bout, mais vraiment jusqu’au bout.
Les amours des tourtereaux subissent des baisses de tension dues à ce qui suit, ou à ce qui a précédé. Bon, les amoureux malheureux ne sont pas des SDF, les pauvres ! et les héros vivent sans craindre les fins de mois. Précisément, Werner devient progressivement un riche promoteur immobilier dans cette Amérique conquérante, en plein boom. Rebecca est peintre et vit, parfois, chez ses parents de l’air du temps. A contrario, la petite soeur du héros adopté a fait un détour chez les Hippies mais elle se rattrape bien : merci pour elle. On rencontre même Wernher Von Braun, père des V2, en personne, au détour d’un chapitre, recyclé chez les astronomes de la conquête spatiale américaine, tandis que d’autres sont partis émarger, bon gré, mal gré, au pays des soviets.
Les dernières pages son haletantes et on ne sait que très tardivement qui est vraiment qui et on n’est pas à l’abri d’une surprise.
Le livre se ferme à regret ; le lecteur est gentiment exténué et la morale est sauve. Quant aux amoureux, ils sont seuls au monde dans une grande maison, avec piscine.
Alain Dagnez.