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La nonne et le brigand

Frédérique Deghelt

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Disponible aux éditions le Grand livre du mois

Ce qu'en dit l'éditeur

Comment une femme accomplie, épouse, mère, libertine et une nonne peuvent-elles se comprendre et se faire écho ? Peut-on se renier par amour ? Ou retrouver espoir dans le corps de l’autre ? Deux histoires de femmes qui s’abîment et se perdent dans leur passion. Chacune avance à rebours de l’autre, équilibristes fragiles mais déterminées. Sensibles, elles sont traversées par toutes les nuances du sentiment amoureux.

Malmenées, adorées, les amantes vont déconstruire leur monde et renaître. Aux monologues de Lysange répond la lecture du cahier de sœur Madeleine ; les deux aventures tissent peu à peu une intrigue familiale qui prend ses racines au Brésil et emmène le récit à Paris puis au Cap Ferret où le mystérieux Tomas invite Lysange à venir résider dans sa cabane. Arrivées au bout d’elles-mêmes, ces deux femmes tenteront d’aimer totalement, malgré la souffrance de Pierre, en dépit de la sauvagerie d’Angel.

La force de La Nonne et le Brigand est insufflée par le murmure brûlant du désir. La langue, enivrée et décomplexée, porte ces deux histoires de femmes audacieuses à la frontière d’elles-mêmes. Un roman sensuel et tourmenté.

Critique postée par :

Julie R

Le paradoxe de la passion amoureuse, cette grisante fusion des corps qui ne sait se percevoir que comme communion des âmes, est que, si elle n’aspire qu’à sa consécration dans une forme d’éternité, ne peut se vivre que dans l’éphémère de l’instant, dans l’échange des corps et des fluides, dans la permanence du manque et l’incertitude du lendemain. Au travers du portrait de deux femmes, Lysange et sœur Madeleine, deux femmes au destin en miroir l’une apprenant à connaître l’autre au travers de son intime, Frédérique Deghelt explore les affres de cette passion, son intensité dévorante et la douleur qui fatalement l’accompagne.

Lysange femme mariée et mère qui revendique sa liberté, vit une liaison avec Pierre, reporter de guerre, perpétuellement aux quatre coins du monde, ne la retrouvant que pour de toujours trop courts moments, dans lesquels elle se donne totalement à lui, soumise à l’attraction qu’il exerce, et la laissant encore plus attachée, dévastée par cet homme qui sans cesse la fuit dès le plaisir pris. Invitée par un homme mystérieux et inconnu, Tomas, à venir s’installer chez lui au Cap-Ferret durant un voyage en Amazonie qu’il doit accomplir, Lysange d’abord méfiante, accepte sa proposition, afin d’échapper à cette relation qui la détruit. Trouvant par hasard, ou presque, le journal de sœur Madeleine, Lysange se plonge dans le destin de cette nonne, partie en Amazonie rejoindre la mission de Guajara-Mirim dans les années 50, pleine de la naïveté de son engagement, et qui, au long de son voyage au travers de la jungle, découvrira l’amour d’un homme, Angel, la passion ainsi que le doute dans son engagement de fiancée du Christ.

La lecture de ce périple, et la découverte progressive des secrets que cachent cette sœur et le mystérieux Tomas, permettront à Lysange de mettre sa propre relation avec Pierre en perspective, de trouver une troisième voie pour sortir de cet amour qui la déchire, la divise.

Ce qui touche en premier lieu dans « La nonne et le brigand », c’est la superbe écriture de Frédérique Deghelt. Une écriture à fleur de peau et de caresses, charnelle et sensuelle, qui nous fait ressentir physiquement l’écartèlement vécu par Lysange et Madeleine, entre plaisir de et par l’autre et douleur du manque, entre principe de plaisir et principe de réalité. Certaines pages rappellent des écrits de la mystique chrétienne, ceux de ces femmes qui auront certainement le mieux exprimé l’aspect charnel de l’amour dans la relation qui les unissait à Dieu, tant Lysange et Madeleine voient en Pierre ou en Angel celui qui a le pouvoir de les élever et de les compléter.

C’est aussi une écriture tourmentée, car cet autre qui par ses lèvres, son sexe, son corps, leur donne la plénitude d’être femme, est aussi celui qui les blesse et les avilit, leur fait abdiquer leur volonté pour les soumettre, femmes à jamais perdues, à l’empire de son absence, de son mépris.

Puis, surtout, il y a l’Amazonie, forêt tant sauvage que fascinante au cœur du Brésil, si dense et mystérieuse qu’elle en obscurcit le ciel, peuplée de tribus indiennes qui, tentant désespérément de faire survivre leurs traditions à cette lente acculturation que les blancs leur font subir, crèvent progressivement de leur présence. Une forêt qui a aussi le don de révéler à eux-mêmes les âmes et les corps.

Sixième roman de Frédérique Deghelt, qui m’avait déjà transporté en 2009 avec « La grand-mère de Jade » paru aux Editions Actes Sud, « La nonne et le brigand » est un roman extrêmement maîtrisé, tant dans sa structure que dans son écriture, un roman à l’architecture si précise, qu’elle parvient à s’effacer pour nous faire ressentir l’émotion la plus brute. Une œuvre indispensable, juste parue en format de poche aux Editions Babel.