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Disponible aux éditions Actes Sud

Ce qu'en dit l'éditeur

En 1944, le camp de concentration de Ravensbrück compte plus de quarante mille femmes. Sur ce lieu de destruction se trouve comme une anomalie, une impossibilité : la Kinderzimmer, une pièce dévolue aux nourrissons, un point de lumière dans les ténèbres. Dans cet effroyable présent une jeune femme survit, elle donne la vie, la perpétue malgré tout. Un roman virtuose écrit dans un présent permanent, quand l'Histoire n'a pas encore eu lieu, et qui rend compte du poids de l'ignorance dans nos trajectoires individuelles.

Critique postée par :

Solène Tchoulfian

Lauréate du Prix des libraires 2014 Valentine Goby a remporté un franc succès auprès des lecteurs, grâce à son livre Kinderzimmer. L’auteure y dépeint le sort d’une femme enceinte dans un camp de concentration allemand lors de la seconde Guerre Mondiale, et soulève alors une question inattendue : qu’est-ce que donner la vie dans un camp de la mort ?

«Teresa se marre.

- Tu n’y es pas ! Etre vivant, elle dit, c’est se lever, se nourrir, se laver, laver sa gamelle, c’est faire les gestes qui préservent, et puis pleurer l’absence, la coudre à sa propre existence. Me parle pas de boulangerie, de robe, de baisers, de musique ! Vivre c’est ne pas devancer la mort, à Ravensbrück comme ailleurs. Ne pas mourir avant la mort, se tenir debout dans l’intervalle mince entre le jour est la nuit, et personne ne sait quand elle viendra. Le travail d’humain est le même partout, à Paris, à Cracovie, à Tombouctou, depuis la nuit des temps, et jusqu’à Ravensbrück. Il n’y a pas de différence.»

Mi-avril 1944, Mila et sa cousine Lisette sont déportées. Un long voyage insoutenable, dans le compartiment à bestiaux d’un train qui les mènent au camp de Ravensbrück. Mila, enceinte de trois mois, dénie complètement sa grossesse. Etre enceinte, c’est signer son arrêt de mort dans un camp où tous les êtres jugés inefficaces au travail sont tués. Au fil des mois, malgré le traitement inhumain, et le manque de tout, l’être niché dans son ventre, à l’abri du camp, se déploie. Puis un jour c’est l’accouchement, bouche bâillonnée pour étouffer les cris, et la découverte de la Kinderzimmer, où sont stockés une cinquantaine de nouveaux nés, aux visages déjà vieux et ridés par le manque de nourriture. Une petite bulle de vie, si différente du reste du camp, et qui pourtant, obéit aux mêmes règles.

Difficile de résumer ce livre, sans tomber dans la description des traitements inhumains des camps qu’on connait tous, sans donner l’impression qu’il ressemble aux autres livres du même sujet. Parce que oui, il y a du déjà vu, et Kinderzimmer n’est pas un ovni dans ce genre de roman, mais il n’en est pas moins poignant. A la différence de la plupart des livres sur les camps de concentration, l’objectif de Valentine Goby n’est pas seulement de raconter la vie d’une déportée, l’injustice, et le processus de déshumanisation, de façon dramatique et émouvante, mais surtout de montrer la part de vie et d’humanité qu’on trouvait dans les camps. L’amitié, le rire, la solidarité, la naissance… c’est en cela que Kinderzimmer touche. Il est une véritable réflexion sur le désir de vivre, la foi en l’existence.

Centré sur la naissance du bébé de Mila, qui s’avère plus être un symbole de la vie à l’intérieur d’un microcosme où règne la mort, qu’un enfant en soi, le livre laisse difficilement insensible et trouve le juste équilibre entre pathos et neutralité.

Un jeu très habile sur l’identité des personnages, et une intrigue qui dépasse la question de la survie en camp, réussissant à tenir le lecteur en haleine jusqu’au bout, Valentine Goby nous offre un roman dans lequel on plonge sans aucune difficulté, d’une écriture douloureuse et belle.