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Disponible aux éditions Éd. Autrement

Ce qu'en dit l'éditeur

_Ce que dit l'éditeur sur Intermède** :

"Scott était stupéfiant aussi beau à entendre qu'à voir. Bill, d'un autre côté, eh bien, on l'entendait avancer à tâtons. On voyait, en tout cas, la façon dont cela le troublait, la façon dont il se courbait en deux sur le piano, sa tête touchant presque les notes, ses doigts semblables à des tiges de saule se laissant traîner dans le courant". Bill, jeune pianiste dont la célébrité commence à dépasser la scène new-yorkaise, est dévasté par la mort de son bassiste, Scott. Ses pas l'entraînent la nuit vers Harlem et ses tentations. Son frère, ses parents tentent de le protéger de cette dérive. Mais c'est comme s'il ne voulait plus qu'on l'aide. Il ne leur reste qu'à veiller sur lui. Inspiré de la vie de Bill Evans (1929-1980), Intermède bouleverse par sa vision romanesque d'une rare intensité. Owen Martell s'y impose avec une force littéraire exceptionnelle.

L'avis de Thierry Blandenet sur Intermède :

Roman de l’invisible et du silence. Voilà comment on pourrait définir ce récit qui relate un morceau de vie du musicien de jazz, Bill Evans. L’un des plus grands, l’un des plus novateurs. Plutôt que de s’attacher à écrire une biographie, le jeune auteur gallois a préféré saisir quelques mois durant lesquels Bill sombre dans une profonde dépression suite à la mort accidentelle de son bassiste, Scott LaFaro – « Scott était stupéfiant – aussi beau à entendre qu’à voir (…) ». A partir de cet instant, Bill Evans semble vouloir s’effacer et se taire et s’enfoncer dans une nuit peuplée de dangers, de tentations et de murs infranchissables. Sa famille ne le lâche pas à défaut de pouvoir le protéger. Harry, son frère, l’héberge quelque temps mais entre les deux, quelque chose semble défait, ne subsistant que le lien immuable du sang. Ils ne parlent pas et Bill sort la nuit. Seule Debby, la petite fille d’Harry, parvient à faire sourire Bill, à entrouvrir sa carapace. Mais tout ça est si furtif, si improbable.

Plus tard, chez ses parents, la même scène semble se répéter. Son père, Harry, volubile, parle pour deux et tente de recréer une complicité avec son fils. Bill lui renvoie parfois la pareille, timidement, avec une économie de mots qui confine au malaise lorsque les deux hommes sont face à face. « Lui et Bill passent du temps ensemble, le plus souvent par défaut, puisque, de fait, ils se trouvent au même endroit. » Seule, sa mère, semble s’accommoder de ce silence, de cette absence chronique car il est son fils, « son œuvre » et l’auteur nous offre un passage de toute beauté lorsque Mary s’assoupit une nuit dans la chambre de Bill et l’observe dormir. Moment de grâce et d’émotion. Elle veille ce fils aimé, qui est à la fois ailleurs, séparé d’elle – et des autres – tout en étant là physiquement, musicalement, émotionnellement. Il est une ombre visible dans la nuit dont il s’est enveloppé, qu’il a fait sienne. Car Evans, ne l’oublions pas, est un compositeur de génie et fait corps avec son piano, ses notes noires et blanches sur lesquelles il se penche comme on se penche au-dessus du vide. La musique l’aspire littéralement et il se remettra finalement dans le circuit, surmontant la mort de Scott, surmontant le manque et malgré les épreuves qui l’attendent à nouveau, surmontant la vie.

Divisé en quatre voix – Harry le frère, Mary la mère, Harry senior et Bill – le roman de Martell est une surprenante découverte et une révélation. Pour ceux qui s’attendraient à une histoire tapageuse, voire racoleuse sur la vie d’un artiste, ils seront déçus ; Martell retranscrit le mal être d’Evans en une prose musicale, poétique alternant les phrases longues, fragmentées avec d’autres beaucoup plus fluides, plus nerveuses, à l’instar d’un morceau de jazz. Martell montre ce qui n’est pas, l’invisible et nous fait écouter le silence. Le travail d’écriture de ce jeune auteur est fabuleux tant la lecture s’apparente à une rêverie profonde, en totale osmose avec la personnalité de Bill, être évanescent, insaisissable et qui aura pourtant laissé une trace durable de son art. Il ne se passe quasiment rien dans ce roman, succession d’instantanés étirés en longues séquences, décrites dans leurs moindres détails. Roman de l’ineffable, Intermède donne corps à des fantômes à travers des gestes, des flux de pensée, des silences et à travers la musique, inséparable de Bill Evans. « Bill avait la musique pour monde. »

Au final, un premier roman réussi, qui vous emporte dans les nuits de Harlem et les notes enfumées d’un compositeur de génie. On en sort bouleversé et l’âme plus riche. Un roman comme un souffle au milieu du tumulte.

Beau.

Intermède est publié aux Éditions Autrement

Intermède est disponible au format ebook

Le site de Thierry Blandenet : www.thierryblandenet.overblog.com


Critique postée par :

Thierry Blandenet