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Gourmande

Isabelle Kichenin

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Disponible aux éditions Orphie

Ce qu'en dit l'éditeur

"Mathilde observait son corps dans le miroir et se surprit à le trouver désirable. Ces hanches pleines. Ces seins lourds. Ce ventre arrondi. Elle leur trouvait soudain un certain potentiel érotique... et ça l'inquiétait."
Bien décidée à ne plus succomber à l'amour, Mathilde, professeur de Lettres à l'université de La Réunion, se laisse émouvoir par un de ses étudiants. Rappeur rebelle, Damien protège sa petite amie, Marie, de ses pulsions destructrices.
Ensemble, ils font tous les trois dialoguer leurs fêlures et livrent une chorégraphie violente. Celle de victimes d'abus en quête de légèreté. Un roman sensible et charnel sur les violences faites aux enfants et leurs terribles séquelles sur les vies adultes.

Critique postée par :

Lindsay Hardy

Il y a certains romans qui ne vous lâche pas, qui vous touche au plus profond de votre être pour laisser une trace invisible, mais bel et bien présente. C'est le cas avec ce court et superbe roman qu'offre Isabelle Kichenin. De celui-ci, elle aborde non seulement les violences faites aux enfants, mais pose la question de l'après. Comment se construire une fois adulte ? Quelles sont les répercussions ? En mettant en scène le trio que compose Mathilde, professeure de lettres à l'université, Damien son prometteur élève et sa petite-amie Marie en proie à des pulsions destructrices, l'auteure touche avec intelligence une corde sensible sans tomber dans le larmoyant. C'est avec une plume poétique à la fois crue et délicate, qu'elle bouleverse et interroge la société réunionnaise, à cheval entre conformisme et modernité. Touchant !

Mathilde, quarantenaire et professeure de lettres universitaire refuse l'amour. Dégoûtée par sa précédente relation, en rejet d'elle-même, elle se surprend à regarder de nouveau ce corps si désirable qui désormais lui appartient. Comme une réponse à ce désir si nouveau, elle est progressivement séduite par Damien, un de ses élèves les plus brillant, lui aussi en proie à des doutes personnels. Protecteur de Marie, sa jolie, mais néanmoins perturbée petite-amie, celui-ci brûle inexorablement de désir pour Mathilde. Trio victime de traumatismes d'enfances, ceux-ci amorcent un dialogue des corps et tentent de se réconcilier avec eux-mêmes et un passé trop encombrants. Qui de Mathilde ou Marie, Damien choisira-t-il ? Mathilde, parviendra-t-elle à s'accepter ? Marie, pansera-t-elle ses blessures ?

Au-delà de cette histoire d'amour, il faut y voir une réflexion sur le poids du passé et les conséquences des actes. A travers ces trois protagonistes et la violence infligée aux enfants comme fardeau, Isabelle Kichenin délie les langues et propose de se pencher sur l'adulte. Ou comment il est important d'appréhender son passé pour mieux construire son futur. Mieux se connaître pour, enfin, s'accepter.

L'amour apparaît alors comme une évidence inabordable, une délicieuse libération après le naufrage d'une enfance volée. A la fois poétique et violente, la délicatesse des mots choisis vibre comme une ode à la vie, une renaissance pour ces personnages où la complexité de leur situation est inscrite dans leur chaire.

De ces pages, on comprend que rien n'est tout blanc ou noir, mais bordé de nuances comme avec le personnage de Marie. Cette fille, qui se donne, provoque et blesse n'est-elle pas avant tout la victime d'une société sourde ? Tous jugés, mais jamais compris, Mathilde, Damien et Marie ne sont finalement que les proies d'une société engluée dans une loi du silence ayant pour principe de ne pas gêner.

De cette écriture bienveillante comme elle aime s'y adonner, l'auteure signe un premier roman réussit, humain et émotionnellement intense. Bravo !