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Écoute la pluie

Michèle Lesbre

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Disponible aux éditions Gallimard

Ce qu'en dit l'éditeur

« Puis le ronflement sourd de la rame qui s’approchait à grande vitesse a provoqué un frémissement parmi les rares voyageurs. Le vieil homme s’est tourné vers moi avec toujours ce sourire limpide, j’ai cru qu’il allait me demander quelque chose, mais il a sauté sur les rails comme un enfant qui enjambe un buisson, avec la même légèreté. » Avant que le vieil homme ne se jette sur la voie en lui adressant son dernier sourire, la narratrice partait rejoindre l’homme qu’elle aime à l’hôtel des Embruns.

Le choc a fait tout basculer. Plutôt que d’aller à la gare, elle s’enfonce dans les rues de Paris pour une longue errance nocturne sous l’orage. Revenue chez elle au petit matin, toujours incapable d’expliquer à son amant pourquoi elle n’était pas au rendez-vous, elle murmure à son intention le récit de sa nuit blanche. Lui, le photographe pour qui les mots ne sont jamais à la hauteur, sera-t-il capable de comprendre l’énigmatique message qu’elle finit par lui laisser : « Écoute la pluie » ? Avec ce roman dense et bouleversant, Michèle Lesbre poursuit une œuvre lumineuse qu’éclaire le sentiment du désir et de l’urgence de vivre.

Ce douzième livre a été inspiré à Michèle Lesbre par le « petit monsieur de la station Gambetta » à qui est dédié Le Canapé rouge (Sabine Wespieser éditeur, 2007). En même temps que ce nouveau roman, reparaît un récit publié pour la première fois en 2001, hommage à un autre disparu, Victor Dojlida, une vie dans l’ombre. L’essentiel de l’œuvre de Michèle Lesbre, qui vit à Paris, est réuni dans le catalogue de Sabine Wespieser éditeur.

Critique postée par :

Julie R

Cette aptitude de l’être humain à accepter l’inacceptable, à tolérer les compromis les plus absurdes, au risque de la souffrance, pour simplement l’illusion de sauvegarder le peu de bonheur qu’il détient, où plutôt ce qu’il estime être du bonheur, espérant ainsi pouvoir figer le temps, une forme d’éternité fallacieuse, est insondable… Vivre comme ça, avec des demi-bonheurs, des demi-accomplissements, des demi-victoires, pour n’avoir à supporter que des demi-malheurs, des demi-frustrations, et des demi-échecs. Vivre sa vie à moitié au lieu de ne rien vivre, plutôt qu’en prenant le risque de tout vouloir, de peur d’en arriver à tout perdre.

Et puis parfois, malheureusement pas dans toutes les vies, ou bien plutôt, pour les vies qui savent en voir les signes, comme pour la narratrice de « Ecoute la pluie » de Michèle Lesbre, un événement vient tout bouleverser, remettant en cause tous ces jolis équilibres fragiles, pour nous rappeler l’urgence de vivre nos vies avec intensité, Tant elles sont courtes et leurs termes imprévisibles.

Celle-ci mène avec l’homme qu’elle aime une relation distante, lui se refusant à la proximité du couple, le rejoignant ainsi, de temps à autre, dans une chambre de l’hôtel des embruns… Sur le quai du métro destiné à la mener jusqu’à la gare, jusqu’à ce train qui lui permettra de le rejoindre, un vieil homme la regarde, lui sourit, puis se jette sous la rame arrivant. Face à ce suicide terrible, la narratrice fuit, pour ne pas avoir à contempler l’impensable, qui pourtant, doucement, commence à instiller dans son esprit le doute… Doit-elle continuer à vivre cette existence si terne, ou, au contraire, laisser libre cours à son désir et tout simplement commencer à vivre pleinement?

Avec une écriture remarquable de sensibilité, de précision, Michèle Lesbre nous transporte au cœur des désirs de cette femme, tous ces désirs troublés, avortés, jamais exprimés, qui soudain, par le déclencheur du drame, réclament leur droit à être vécus sans plus attendre. Ecouter la pluie, c’est écouter cette fragile et magnifique musique de l’instant, dans lequel il n’y a plus ni début ni fin, ni regrets ni désespoirs, ni rêves ni angoisses, mais juste cette douce en enivrante présence à soi, dans laquelle, miraculeusement, tout peut devenir envisageable.

Un roman superbe, lumineux, concis et fulgurant, d’une auteure qui à chacun de ses romans, sait me toucher au plus profond, à découvrir chez un éditeur dont chacune des parutions est un grand moment de littérature, tant ses choix éditoriaux dénotent une profonde intelligence et un amour fou du verbe, Sabine Wespieser.