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Double nationalité

Nina Yargekov

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Disponible aux éditions POL

Ce qu'en dit l'éditeur

Vous vous réveillez dans un aéroport.

Vous ne savez pas qui vous êtes ni où vous allez.
Vous avez dans votre sac deux passeports et une lingette rince-doigts.

Vous portez un diadème scintillant et vous êtes maquillée comme une voiture volée.

Vous connaissez par coeur toutes les chansons d’Enrico Macias.

Vous êtes une fille rationnelle.

Que faites-vous ?

À partir de cette amnésie s’agit-il de s’inventer une vie ? de la reconstituer ? Et s’il s’agissait de deux vies, en fait ? Car c’est, comme son titre l’indique, cela le sujet de ce nouveau roman de Nina Yargekov : comment se débrouiller de deux cultures, deux langues, deux sensibilités, comment, de fait, mener une double vie alors qu’on voudrait beaucoup, même facétieuse et indisciplinée n’être qu’une ? Mais, à l’inverse, comment supporter que le pays dans lequel on semble vivre se prépare à l’adoption d’une loi interdisant la double nationalité ?

Critique postée par :

Tatiana Fralova

« Trop différente. Trop de langue maternelle yazige. Peut-être avez-vous sous-estimé la puissance de la culture familiale, peut-être que ce qui figurait sur vos bulletins de notes, vos difficultés à vous exprimer dans un français correct au cours des premières années de votre vie, ont laissé en vous une marque indélébile, la conviction d’évoluer dans un décor, une scène où il faudrait simuler, feindre, jouer à être française sous peine d’être stigmatisée. »

Dans ce superbe roman, gagnant du prix de flore 2016, vous êtes le personnage principal de l’histoire d’une jeune femme, Rkvaa Nnoyeig, au cours d’un texte resurgissant d’une plume s’adressant aux lecteurs à la deuxième personne du pluriel. Vous réveillant dans un aéroport, ayant perdu la mémoire, vous allez découvrir peu à peu que vous êtes française, née de parents yaziges, et jouissez des deux identités. Vous habitez dans un appartement en France et découvrez dans vos échanges électroniques avec votre famille yazige que cette dernière semble croire que vous habitez en Yazigie et séjournez parfois en France pour votre travail de traductrice. Vous découvrez aussi que vos parents sont récemment décédés. Pourquoi faire croire à votre famille que vous habitez en Yazigie ? Arriverez-vous à retrouver vos repères ? Et ce nouveau fait d’actualité, l’application de cette nouvelle loi française, l’interdiction de la double nationalité en France… Quelle sera votre réaction ?

Étant biélorusse d’origine et habitant en Belgique, cas semblable à celui du personnage principal de « Double nationalité », je me suis très vite identifiée à l’histoire et j’ai été extrêmement bluffée par la force des mots et de la recherche de l’auteure. Nina Yargekov s’est si intensément plongée dans le ressenti de tous les jours des gens vivant dans un pays et étant originaire d’un autre, que bon nombre de fois je me suis surprise à penser « C’est vrai, c’est exactement ça ! C’est dingue, je n’y pensais même plus, je n’y faisais plus attention. » S’habituant à notre pays d’accueil, on ne remarque plus ces choses indélébiles, innées, une langue maternelle qui nous a appris une autre facette du monde, une autre mentalité, une culture, une religion, des principes, des choses qui « se font » et des qui « ne se font pas » propres à notre culture d’origine. Ça commence par le prénom, Rkvaa, beau en yasige et tout son contraire en français. Puis deux langues; laquelle utiliser, laquelle attribuer à ses pensées ? Selon le contexte, donc. Quel effort de réflexion à chaque fois. Et les faux semblants ; faire comme les autres pour se sentir français. Tremper son pain dans du café ? Beurk. Mais ici tout le monde le fait, alors vous trempez votre pain dans votre café. Et cette nostalgie de votre pays d’origine, cette mélancolie qui n’oublie aucunement de vous rendre visite. Ces larmes de joie devant un simple dessin animé yasige. C’est tout bête. Ce n’est pas grand chose. Mais dans un pays qui n’est pas la Yazigie, regarder un dessin animé yazige, c’est déjà beaucoup de bonheur.

Nina Yargekov aborde en profondeur le problème de par les réflexions de Rkvaa : nous sommes étrangers pour la France comme nous sommes devenus étrangers pour notre pays d’origine. L’auteur met surtout l’accent sur le fait que même en cas de perte de mémoire, son origine, ça se sait, ça se ressent. Ça se pense, ça se parle, ça se vit. Çà reste toujours encré en nous.

Le texte est si profond et direct que je n’ai pas seulement su m’identifier à l’héroïne, mais grâce à la véracité du texte et les profonds détails évoqués, je sentais tout bonnement mes tripes se serrer, cette boule dans la gorge et des pensées rêveuses avec un côté mélancolique. Ce livre m’a accompagné durant une semaine où j’ai lu Double Nationalité, j’ai pensé Double Nationalité, j’ai respiré Double Nationalité. Une lecture sensationnelle dotée d’une finalité qui ne m’a pas laissée sur ma faim. Un énorme coup de coeur.

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