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Charøgnards

Stéphane Vanderhaeghe

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Disponible aux éditions Quidam éditeur

Ce qu'en dit l'éditeur

Tiré des vestiges d'un passé aussi lointain qu'incertain, le journal d'un inconnu fait état d'un singulier phénomène : des hordes de charognards envahissent peu à peu un village sans histoire, sous les regards incrédules. Que veulent-ils ? Leur nombre croissant de jour en jour, sont-ils aussi inoffensifs qu'ils en ont l'air? Alors que le monde lentement se retire autour de lui, rongé par l'absence et la perte, l'inconnu - témoin, prophète ou damné - continue de consigner le moindre mouvement de cet étrange et angoissant ballet...

Critique postée par :

Stéphane Regnault

Une critique qui, plus qu'une véritable critique, s'apparentera davantage à une note de lecture, pour la simple raison que, même avec le recul (j'ai achevé cette lecture il y a quelques temps déjà), je suis incapable d'avoir un avis véritablement tranché sur ce roman. Il se peut en effet que je sois passé un peu au travers de ce roman. L'ai-je aimé ? Je ne sais pas. Toujours est-il - et c'est sûrement un excellent point - qu'il ne m'a pas laissé indifférent.

Même si l'exercice stylistique en lui-même est indéniablement une réussite (reconnaissons-le, Stéphane Vanderhaeghe a vraisemblablement lu ses classiques, et au niveau du style n'aurait pas à rougir de la comparaison avec un Ben Marcus, un Russel Hoban, Will Self ou un Danielewski pour le travail sur la mise en forme du texte (figures qu'a pu éveiller durant ma lecture ce roman)), on peut regretter que ce roman se limite, dans son ensemble, a une simple démonstration technique. Le style, le "ton", c'est certes indispensable à mon sens à un roman, mais cela ne saurait se suffire. Pire, certains jeux stylistiques (sur la disposition des lettres, censée renforcer une idée, comme a pu le faire avec une réussite indéniable M. Z. Danielewski dans la maison des feuilles) s'apparentent plus finalement à une afféterie superfétatoire qu'à un véritable dispositif venant enrichir le texte.

Le livre débute par une introduction écrite dans une nov-langue et nous présentant le récit qui suit comme un manuscrit retrouvé (un peu à l'instar d'Enig marcheur de Russel Hoban, ou de Le livre de Dave de Will Self (deux romans qui devraient figurer dans toute bibliothèque idéale, soit dit en passant). Sauf que là où les deux prédécesseurs nous offraient un langage et une grammaire crédibles, dont l'évolution pouvait s'appréhender et se justifier à la lecture de la totalité du roman, ici rien dans ce qui va suivre ne viendra justifier telle ou telle orthographe, ou telle nouvelle règle grammaticale. De cette absence de "justification", toute cette introduction perd en crédibilité.

Et c'est bien de crédibilité qu'il est question ici.

"Parfois, un marché secret se conclut entre l'auteur et le lecteur dès le premier paragraphe, à l'insu des personnages qui ignorent que l'auteur et son lecteur échangent un clin d'oeil amusé derrière leur dos". Amos Oz, L'Histoire commence (éditions Calmann-Levy).

En lisant ici et là ce qui s'était dit / écrit sur Les charognards, j'ai pu retrouver cette citation d'Amos Oz (utilisée par France Culture en exergue de sa critique : http://www.franceculture.fr/emissions/les-bonnes-feuilles/stephane-vanderhaege-charognards. Amos Oz sous-entend (et j'adhère entièrement à cela) l'existence d'un contrat implicite qui lierait l'auteur et le lecteur dès lors que ce dernier ouvre un ouvrage du premier). Une sorte de commandement : "Dorénavant, tu accepteras comme possible tout ce que je te dirai". Pourtant, autant Tom Robbins peut, dans Jambes fluettes etc..., décider de doter de la parole une boîte de conserve et me le faire accepter, autant ici le contrat ne passe pas. Stéphane Vanderhaeghe nous narre donc l'envahissement progressif d'un village par une nuée de charognards qui veut peu a peu chasser (tuer ?) tous ses habitants, jusqu'à ce que ne reste plus que le narrateur. Tout cela, j'accepte implicitement de le croire. Ce qui ne passe pas, c'est la chronologie des événements : en quelques jours/ semaines, on passe de quelques charognards a un village fantôme envahi par des nuées de charognards, vidé de tous ses habitants, des carcasses de véhicules rouillées (sic) témoignant encore d'une récente présence humaine.

Vraiment ? En quelques semaines ?

Présenter ce roman comme un "manuscrit retrouvé" engage l'auteur : ce qui est écrit ci-après est véridique (et donc crédible). Ici, ce non-respect de la cohérence temporelle empêche l'acceptation de ce contrat.

Attention, malgré ces nombreuses critiques (et c'est ici que j'avoue mon incapacité à véritablement "critiquer" ce roman), cela reste un très bon roman. Je l'ai dit, d'un point de vue du style, c'est même un excellent roman. Chaque paragraphe, pris indépendamment, et une petite claque littéraire, certains confinent même au sublime. C'est malheureusement le roman pris dans son ensemble qui peine à être à la hauteur.

Pour conclure donc, rien non plus de rédhibitoire. J'attends tout de même avec impatience les prochains romans de Stéphane Vanderhaeghe avec qui il faudra dorénavant compter. Ça fait toujours un peu pédant de dire cela (surtout venant de la part d'un simple lecteur qui n'a jamais écrit), mais au final toutes ces critiques ne doivent pas masquer le fait qu'il s'agit là d'un premier roman, avec ces défauts, mais je mets mon billet sur le fait que Stéphane Vanderhaeghe, s'il continue dans cette veine, sera très vite un auteur sur qui il faudra compter. En tout cas je l'espère.

Quelques petites lignes supplémentaires, qui ne ressortent en rien de la critique à proprement parlé, mais je me permets d'utiliser cet espace à des fins plus personnelles afin de partager deux théories (farfelues ?) sur ce roman. Si d'autres que moi l'ont lu, n'hésitez pas à me faire part des vôtres !

Théorie 1 : Ce roman serait une métaphore de la perte de la mémoire, plus précisément de la maladie d'Alzheimer. Les oiseaux et les nombreuses tâches noires envahissant peu à peu tout le réel symboliseraient les "fragments" oubliés remplaçant peu à peu les espaces vides (= oubliés). Là où j'avais tel ou tel souvenir, je n'ai désormais plus que des "trous noirs". Et effectivement on a l'impression que le narrateur commence par perdre sa mémoire récente (il oublie en quelques jours avoir amené sa femme a la gare (si tant est qu'il l'ait amenée à la gare, puisqu'il ne s'en souvient pas), puis ce sont les souvenirs plus anciens qui disparaissent (en voyant la chambre d'enfant chez lui il suppose qu'il a (avait ?) un enfant mais est incapable de s'en souvenir. Au final, c'est le langage lui-même qui se délite, les mots s'estompant peu à peu. Cela résoudrait en outre le souci de crédibilité chronologique.

Personnellement j'aime assez (sans narcissisme aucun) cette théorie, mais se pose la question de toute l'introduction. Quel serait son intérêt ?

Théorie (farfelue) 2 : L'humanité a péri, évincée par les charognards, et c'est ce dont témoigne ce manuscrit retrouvé. Les charognards sont la nouvelle race dominante, et cette introduction serait rédigée par un charognard. Cela pourrait expliquer l'absence de repères grammaticaux et l'invention de cette toute nouvelle langue, mais dans ce cas on retombe dans le souci de crédibilité du manuscrit en termes de chronologie.

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