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Disponible aux éditions Gallimard

Ce qu'en dit l'éditeur

Lorsque Myriam, mère de deux jeunes enfants, décide malgré les réticences de son mari de reprendre son activité au sein d'un cabinet d'avocats, le couple se met à la recherche d'une nounou. Après un casting sévère, ils engagent Louise, qui conquiert très vite l'affection des enfants et occupe progressivement une place centrale dans le foyer. Peu à peu le piège de la dépendance mutuelle va se refermer, jusqu'au drame.
A travers la description précise du jeune couple et celle du personnage fascinant et mystérieux de la nounou, c'est notre époque qui se révèle, avec sa conception de l'amour et de l'éducation, des rapports de domination et d'argent, des préjugés de classe ou de culture. Le style sec et tranchant de Leïla Slimani, où percent des éclats de poésie ténébreuse, instaure dès les premières pages un suspense envoûtant.

Critique postée par :

Fanny Delorme

Je chronique aujourd'hui le dernier Prix Goncourt : "Chanson douce" de Leïla Slimani. C'est la première fois que je chronique un Prix Goncourt d'ailleurs. J'espère que je rendrai justice à cette oeuvre comme il se doit.

L’histoire en quelques mots :

Lorsque Myriam, mère de deux jeunes enfants, décide malgré les réticences de son mari de reprendre son activité au sein d’un cabinet d’avocats, le couple se met à la recherche d’une nounou.

Après un casting sévère, ils engagent Louise, qui conquiert très vite l’affection des enfants et occupe progressivement une place centrale dans le foyer. Peu à peu le piège de la dépendance mutuelle va se refermer, jusqu’au drame.

Mon avis :

J’ai adoré cette lecture même si elle m’a chamboulée…

Dès le premier chapitre, qui fait 3 pages, le ton est donné, le drame est là, posé… C’est terrible.

L’intérêt du roman réside dans les chapitres suivants qui tentent de nous expliquer comment on en est arrivé là, grâce à un choix judicieux de retours en arrière. On n’est donc pas là pour détailler la façon dont s’est déroulé ce drame et se demander « qu’est-ce qui va se passer? », mais pour s’interroger sur le « Pourquoi ça s’est passé ? ». J’adhère complètement à cet éclairage du récit.

Ce roman, on l’aura compris, a une forte résonance psychologique puisqu’il s’agit de brosser le portrait et le caractère de cette nounou idéale et d’en faire émerger petit à petit les failles… qui vont s’avérer inquiétantes, mystérieuses… difficilement explicables.

Après avoir adulé Louise, le couple sentira parfois les « curiosités » et « bizarreries » de cette nounou, sans pour autant s’en inquiéter grandement. Et puis, revenir en arrière semble impossible : Louise fait partie de la famille et se révèle clairement indispensable au bon fonctionnement du foyer. Myriam et Paul se voilent-ils la face ? Cela les arrangent-ils de fermer les yeux sur certains faits et comportements ?

Nous lecteurs comprenons rapidement, bien mieux que le couple, le potentiel « dérangé » de Louise. Mais tout reste, à mon avis, dans le domaine du raisonnable si on peut dire… Personnellement, je ne me suis jamais insurgée contre le personnage de Louise, je n’ai jamais pris réellement peur d’elle au point de croire au drame final. Le problème, c’est que l’incipit du roman nous l’a annoncé… donc pas de surprise, on sait ce qu’elle sera amenée à faire… Mais jusqu’au bout du livre, son parcours, son dérèglement psychologique ne va pas si crescendo que ça selon moi… C’est vraiment à la fin qu’on comprend qu’elle a réellement « disjoncté » un beau jour. Et encore, Louise semble avoir été relativement calme juste avant le moment fatidique, c’est cela qui est très surprenant… Etait-ce prémédité ? Je pense….. Etant donné que Louise a été capable à d’autres moments de l’histoire d’anticiper le déroulement de certains jours ou certaines soirées.

Et alors finalement, comprend-on pourquoi la nounou a fait ça ? A-t-on l’explication claire ? Non… On se laisse happer par plusieurs hypothèses…. et le lecteur est assez libre de faire sa propre interprétation. C’est en cela que ce roman est intéressant finalement: quand on le ferme, il est encore bien ouvert dans notre tête….

On cogite pas mal après cette lecture…. On cogite parce qu’on essaie de comprendre les causes, parce qu’on essaie de s’imaginer la scène (qui n’est pas décrite véritablement), parce qu’on essaie de s’identifier au couple, parce qu’on se rend compte que cette histoire tragique est quand même réaliste… Ca fait même un peu froid dans le dos quand y pense…

Leïla Slimani a réussi ici un coup de maître et a largement mérité le Goncourt selon moi : l’histoire est poignante, très bien écrite, sans trop de fioritures de style non plus, l’analyse psychologique est bien menée, fait son effet. La tension s’installe en nous au fil des pages et nous tient en haleine, ce qui n’était pas un pari évident en ayant déjà annoncé le dénouement dès le premier chapitre.

Un extrait qui m'a marquée :

"« Ma nounou est une fée ». C’est ce que dit Myriam quand elle raconte l’irruption de Louise dans leur quotidien. Il faut qu’elle ait des pouvoirs magiques pour avoir transformé cet appartement étouffant, exigu, en un lieu paisible et clair. Louise a poussé les murs. Elle a rendu les placards plus profonds, les tiroirs plus larges. Elle a fait entrer la lumière.

Le premier jour, Myriam lui donne quelques consignes. Elle lui montre comment fonctionnent les appareils. Elle répète, en désignant des objets ou un vêtement : « Ca, faites-y attention. J’y tiens beaucoup. » Elle lui fait des recommandations sur la collection de vinyles de Paul, à laquelle les enfants ne doivent pas toucher. Louise acquiesce, mutique et docile. Elle observe chaque pièce avec l’aplomb d’un général devant une terre à conquérir.

Dans les semaines qui suivent son arrivée, Louise fait de cet appartement brouillon un parfait intérieur bourgeois. Elle impose ses manières désuètes, son goût pour la perfection. Myriam et Paul n’en reviennent pas. Elle recoud les boutons de leurs vestes qu’ils ne mettent plus depuis des mois par flemme de chercher une aiguille. Elle refait les ourlets des jupes et des pantalons. Elle reprise les vêtements de Mila, que Myriam s’apprêtait à jeter sans regret. Louise lave les rideaux jaunis par le tabac et la poussière. Une fois par semaine, elle change les draps. Paul et Myriam s’en réjouissent. Paul lui dit en souriant qu’elle a des airs de Mary Poppins. Il n’est pas sûr qu’elle ait saisi le compliment. "

(pages 34-35)

En espérant avoir attisé ta curiosité....
En attendant, je te souhaite de bonnes lectures.