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Disponible aux éditions Noir sur blanc

Ce qu'en dit l'éditeur

Eli, Eli, lama sabachthani ? – " Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? " – ce sont les dernières paroles du Christ en croix. Ce reportage littéraire sur les bidonvilles de Manille est un véritable coup de poing. S'il se penche sur les habitants et leur misère, il refuse d'être un de ces " purs regards " auxquels personne ne croit plus. Sans cesse, il nous montre celui qui regarde – qu'il soit touriste ou reporter –, il interroge sa place, son utilité, son éthique, et c'est une formidable leçon de journalisme, voire de simple humanité.
Bien entendu, Tochman élargit son cadrage quand il faut comprendre les ressorts d'une oppression économique : néocolonialisme américain (sous couvert de coopération militaire), tourisme sexuel, poids de l'Eglise, corruption... mais c'est surtout la responsabilité individuelle – à commencer par la sienne, comme homme et comme écrivain – qu'il entend exposer. Une femme que sa maladie de peau fait ressembler à un monceau de grains de raisins, un gamin qui habite un tombeau, dans un cimetière où tous les tombeaux sont habités, un caïd maigre et tatoué, qui a pour un instant troqué sa lame contre un biberon...
A mesure qu'il constitue cette galerie de portraits inoubliables, le reporter nous fait réaliser qu'on ne rencontre pas de telles gens sans se lier, sans s'impliquer dans une histoire, entre compassion, désarroi et espérance têtue.

Critique postée par :

Yves Montmartin

La rue Onyx et ses environs, un monde sombre et puant. Des maisons bricolées avec tout ce qui tombe sous la main, tôle, fil de fer, bois de récup, sans eau courante, sans canalisation. Une rue d'ordures et d'excréments, il y a des gens, des rats, des puces, et le bacille de la tuberculose, c'est un écosystème. D'autres gens vivent dans un cimetière depuis leur naissance, ils habitent des tombes qu'ils ont aménagées. Quand le pouvoir décide de liquider un quartier, des malfrats y mettent le feu.

L'export de travailleurs bon marché est devenu une branche conséquente de l'économie des Philippines.

L'école est gratuite, mais pas obligatoire, autant ramasser des ordures et ramener au père de quoi acheter de l'alcool et des drogues. Ramasser des bouteilles de plastique dans les rues, moins de deux euros après quatorze heures de travail, c'est l'unique revenu de la famille. Plus de cent mille enfants vivent dans la rue, ils luttent chaque jour pour survivre, les plus faibles périssent. La guerre des gangs fait rage. Dans la prison, des cellules de cent mètres de long où s'entassent mille prisonniers.

Le sida est une maladie d'homosexuels et de prostituées, dix pour cent de la ville se prostitue, la majorité a moins de 20 ans, on en trouve dès l'âge de 10 ans. La moitié des étrangers qui visitent les Philippines sont des touristes sexuels. Tout est orchestré avec la bénédiction de la police et des politiques.
On peut acheter un bébé deux mille pesos, soit moins de quarante euros, personne n'ira s'enquérir d'un tel enfant, il n'est enregistré nulle part.

Ils s'appellent Adam, Suzette, Angélina, Fernando, Joséphine, des portraits inoubliables et à travers leur histoire personnelle , l'auteur, accompagné par un ami photographe, nous entraine à la découverte du vrai visage de Manille, le pays de l'esclavage humain et sexuel. Un livre coup de poing, qui suscite le dégout, un témoignage qui ne peut pas laisser insensible. Et que dire de ces circuits touristiques organisés dans les bidonvilles pour que les occidentaux puissent photographier la pauvreté en toute sécurité. Ceux qui liront ce livre ne pourront plus voyager aux Philippines sans avoir toutes ces terribles images dans leurs yeux.

Le titre du livre marque le début des derniers mots sur la croix de Jésus - « Dieu, mon Dieu, pourquoi as - tu me abandonné » (Eli, Eli, lama sabachthani), et là tout est dit…