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Babylone

Yasmina Reza

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Disponible aux éditions Flammarion

Ce qu'en dit l'éditeur

Un homme en costume cravate et aux cheveux blancs est contre un mur dans la rue avec un air effrayé.

Critique postée par :

Pierre VIAL

"La photo est plus granuleuse, plus pâle que prévu. Je voulais revoir The Americans, le livre le plus triste de la terre."
Dès le début du dernier roman de Yasmina Reza, au titre a priori énigmatique, "Babylone", la narratrice se plonge dans ce livre de Robert Frank, qu'elle n'avait pas ouvert depuis quarante ans. Elle se souvient d'être partie faire des photos avec Joseph Denner car "elle aimait tout ce qu'il aimait." Il est vrai que chaque être humain a souvent en tête, inconsciemment, une photo de parents, d'amis, photo de fin de classe ou photo d'un paysage associé à un moment unique de sa vie. Et puis survient Jean-Lino Manoscrivi : "Dehors il avait le droit de fumer, chez lui non. Je le percevais comme le plus doux des hommes..." Quelle relation, Elisabeth, la narratrice va-t-elle construire avec Jean-Lino ? Cela est toute la trame de ce fantastique roman qui, comme d'habitude avec Yasmina Reza, a tout d'une pièce de théâtre, qui se déroule en huis clos, mais qui est aussi un thriller palpitant et profondément humain. Il y a Pierre, le mari d'Elisabeth et Lydie, la femme de Jean-Lino, couple ami, habitant l'appartement du dessus. L'intrigue m'a d'ailleurs rappelé une pièce dont j'ai oublié le nom, dans laquelle jouait notamment Fabrice Lucchini, qui tombait des nues devant les révélations de l'un de ses meilleurs amis venu le trouver pour lui demander de le couvrir dans une histoire sordide. Difficile de ne pas en dire trop de "Babylone" mais comment passer sous silence le rôle du chat Eduardo des voisins du dessus, plus aimé par l'un des deux voisins que par l'autre qui lui aurait même "donner un coup de pied" ? Il en est de même des querelles alimentaires de ce couple de voisins du dessus : "...il y a des gens comme toi pour ne bouffer que des graines et de la salade..." Mais Yasmina Reza, tout au long du récit analyse parfaitement l'âme humaine : "Ce ne sont pas les grandes trahisons, mais la répétition des pertes infimes qui est la cause de la mélancolie." Elle fait aussi référence à des concepts politiques de 2016 : "Dans la liste des concepts creux, on avait mis en bonne place le devoir de mémoire. Quelle expression inepte ! Le temps passé, en bien ou en mal, est une brassée de feuilles mortes..." Les grands écrivains, volontairement ou pas agrémentent leurs récits de références aux auteurs qui les ont précédés et qu'ils admirent. L'absence ou l'indifférence de Meursault, "L'étranger" de Camus, se retrouvent dans la manière d'être d'Elisabeth et de Pierre qui réagissent aux événements de leur proche voisinage et la dernière phrase des "Mots" de Sartre ( "Un homme comme le sont tous les autres...") peut avoir inspiré la narratrice de Babylone : "C'était Jean-Lino Manoscrivi qui venait de passer et en même temps n'importe quel homme embarqué. Je me suis souvenue du sentiment d'appartenance à un ensemble obscur..." Un roman d'une exceptionnelle précision dans la description des caractères des personnages.